Acoua en deuil après la disparition de Foundi Hanidhi

Le 17 mars 2015 restera dans les annales. L’une des figures historiques d’Acoua et de Mayotte vient de s’éteindre dans son quartier M’jihari à Acoua. Hanidhi, ou Foundi Hanidhi, Maman Daibaji ou encore Maman Karazati vient de nous quitter à l’âge de 82 ans. La nouvelle a bouleversé tout un village et toute l’île de Mayotte. Il était aux alentours de 17H00 lorsque son décès fut constaté. Entre larmes et tristesses, Mayotte entière sait qu’il vient de perdre l’une des figures importantes dans ce mois de mars très électorales.

Hanidhi une femme d’Action

Puisque Hanidhi ou Maman Dayi pour les plus intimes fut l’une des premières personnes à avoir enseigné le coran à Mayotte dans les années 50. Au temps où l’école publique dite laïque n’avait pas encore le côte, ou tout simplement les parents avaient peur d’envoyer leurs enfants dans les écoles des “blancs pour apprendre leurs langues ou au pire apprendre à pisser debout”, comme Hanidhi raconte souvent à ses petits enfants, cette femme a su imposer une vraie éducation à l’ancienne basée sur la lecture de coran, le respect des anciens et la place de la jeune femme en phase de se marier, mais aussi les tâches quotidiennes. Ses élèves provenaient des quatre coins de Mayotte. Fille de Mayassa “ Dadi Mayassa” Elle qui a hérité de cette capacité d’enseigner et d’éduquer des mains de ses parents mais surtout de son père CHEIHK ANLLI, l’un des pères fondateurs de l’islam à Mayotte mais surtout de Dahira, cette pratique cultuelle que seule Acoua détient le secret.

Partout où elle passait son nom résonner comme étant la mère de tout le monde bien qu’elle soit mère de 8 enfants dont les 2 derniers sont Méchant Darouech et Karazati la dernière. Sa visite dans les villages ressemblent à des fêtes.

Présente sur tous les terrains

Dans les années 70, Elle part habiter  à Bouyouni, commune de Bandraboua où elle continue d’enseigner et partager sa passion du coran et d’éducation. Ce n’est pas rare qu’elle reçoit des invités venus de partout. C’est par elle que ses anciens élèves ont découvert les réserves forestières de Mitséni ou de Gagani, des terres réputées très fertiles jusqu’alors.

Mais Foundi Hanidhi c’est également l’une des premières femmes à avoir pratiquer le Dahira féminin. A force de suivre son père en déplacement dans les différents Dahiras sur les scènes de Mayotte, elle a fini de faire de même avec ses protégés.

Cependant Hanidhi a passé 2 années en métropole précisément à Marseille fins des années 90 où elle a pu constater les réalités de la civilisation qu’elle a bien apprécié “On nous a déjà dit qu’un jour il y aura des miracles dans ce monde. Depuis Mayotte, il sera possible de parler avec une personne à des milliers de kilomètres, ou encore un engin en fer transportera des gens d’un point à l’autre”. Mais que dire du métro Marseillais. En effet durant ses premiers jours de séjours dans la cité phocéenne, elle s’est étonnée et a lâché “J’ai vu un miracle, je suis monté avec beaucoup de passager dans un engin qui roule sous la terre, mais qui réapparaît aussitôt, je croyais qu’on n’allait pas s’en sortir tellement ça n’arrêtait pas de s’enfoncer, vraiment ces Vazaha sont fous”, rires, …

Foundi jusqu’au bout

Rentrée dans son pays, elle effectuera ensuite le pèlerinage à la Mecque en 2000, qui sgne là son grand parcours. Hanidhi c’est aussi une femme de cœur, elle n’hésitera pas à offrir ses services à son entourage. Ex-femme de Foundi Soulaimana, elle est restée fidèle à elle-même tout le temps au services des autres. De retour à Acoua à la fin des années 2000, Maman Karazati qui a connu 3 hommes dans sa vie, ne veut pas laisser place au fatalisme. Pour garder la forme elle refuse souvent de se faire prendre en stop, puisque pour elle “monter dans une voiture, c’est se refuser de rendre visite à ses connaissances. En voiture on n’a pas le temps de discuter, or si je vais de la marche à pieds, cela me donne des occasions de rencontrer du monde, et moi j’aime les gens”.

Sa vie étant résumer à la mise en avant de l’autre tout le temps et en permanence. Elle s’est rapprochée de ses enfants et de ses petits enfants pour passer les derniers instants de sa vie que tout le monde gardera en mémoire. Femme d’espoir, femme de vie, Foundi Hanidhi fut rattrapée par son âge, et est tombée malade depuis près de trois mois.

A l’annonce de sa maladie, les va et vient ne cesse chez Maman Sélé, sa fille qui l’a justement succédée. En effet Maman Sélé (Zaharay) fut la seule de des enfants qui fait perpétuer la lignée de sa mère, en prenant elle aussi la relève, de l’école coranique depuis le début des années 70, même-si ses élèves de plus en plus jeunes restent aujourd’hui ses petits enfants.

Elle n’a pas était tenté par la politique. Les dirigeants politiques de Mayotte de l’époque avait du mal à conquérir Acoua puisque le village fut l’un des fiefs pro Comorien, donc Hanidhi ne faisait que suivre ses paires, qui s’opposait à la séparation des 4 îles de l’archipel.

Zawyani, le panthéon d’Acoua

Maman Dayi s’en va mais Maman Day laissera une bonne trace sur Mayotte à l’heure ou l’île connaît une forte crise de génération. Elle va se reposer aux côtés de ses paires au cimtière Zawyani, des légendes qui ont fait l’histoire d’Acoua à l’image de son premier mari Foundi Soulaimana, ou Foundi Said ANLLI Bounou Safari, Charan, mais encore de son père Chekih ANLLI le père spirituel de l’islam à Mayotte mais aussi du Dahira,ou Maoulida.

Les obsèques étant prévues après la prière de midi “Dhouhri”, pour donner le temps à ses nombreux élèves venus des 4 coins de Mayotte de rendre leurs derniers hommages à leurs mères. C’est dans ce sens que le Dahira, Maoulida battront le plein durant plusieurs jours pour accompagner cette dame de petite taille mais grand de cœur dans son dernier demeure. Mais la polémique liée à son âge refait surface. Maman Dayi est décédée à selon les registres officiels à l’âge de 82 ans. Mais en réalité, comme bon nombre de personnes de sa génération, sa date de naissance est précitée de “née vers”. Pour bon nombres, Foundi Hanidhi ne serait pas née en 1933 mais logiquement vers 1925. Donc elle aurait atteint les 90 ans, …Un pilier tout de même.

Foundi Hanidhi, une autre légende

Puisque Hanidhi restera une femme d’action mais aussi humoristique. Et c’est de cette manière qu’elle espère voir évoluer Mayotte. Et une minute de silence sera observé un peu partout dans les rencontres sportives du week-end, mais aussi dans les différents meetings politiques.

Hanidhi rassemblera par son envie de voir son village uni par tous moyens. Après son grand frère Bouhoudza en décembre, Foundi Hanidhi s’en est allée, laissant son village orphelin de sagesse en attendant des milliers de personnes affluent à Acoua pour témoigner de la grandeur de cette dame.

Fofana

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