À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la rédaction du journal local acoua-info met à l’honneur des femmes de Mayotte dont les parcours illustrent l’engagement, la résilience et le sens des responsabilités. Une initiative qui intervient dans un contexte particulier, à quelques jours des municipales prévues les 15 et 22 mars, offrant ainsi une parenthèse inspirante au cœur de l’actualité politique. Focus sur Marie Chanfi, figure associative bien connue dans le Nord de l’île et trésorière du club de football Étincelles Hamjago.
Âgée de 48 ans, mariée et mère d’un garçon de 9 ans, Hayden – affectueusement surnommé Prince – Marie Chanfi incarne un itinéraire de vie marqué par les voyages, les épreuves et la persévérance. Originaire du Nord de Mayotte, elle effectue sa scolarité primaire à Hamjago, du CP au CM2, avant de poursuivre deux années à M’tsahara dans les années 1990. Elle rejoint ensuite le lycée de Dzoumogné, puis le lycée de Kahani où elle s’oriente vers une filière comptabilité.
En 1998, elle quitte Mayotte pour la métropole. Direction Paris, dans le 17ᵉ arrondissement, où elle s’installe chez son oncle. Elle poursuit sa formation en BEP comptabilité dans un lycée du Val-d’Oise, à Villiers-le-Bel, avant de déménager à Gonesse puis à Marseille. Son parcours la mène ensuite dans l’Est de la France, en Moselle, à Behren-les-Forbach. C’est là qu’elle obtient finalement son BEP comptabilité, après plusieurs tentatives et un chemin parfois semé d’obstacles.
Une rencontre va alors changer l’orientation de sa vie professionnelle. Repérée par la gérante d’un magasin Shopi, elle commence à travailler les week-ends et pendant les vacances. Elle découvre alors un goût prononcé pour le commerce et la vente, ce qui l’amène à se réorienter vers un bac commerce. Malgré plusieurs tentatives, le diplôme lui échappe. Mais loin de baisser les bras, elle poursuit son chemin, alternant études et expériences professionnelles, notamment dans le Nord de la France.
En 2005, après plusieurs années passées en métropole, Marie Chanfi décide de rentrer à Mayotte. Peu après son retour, elle obtient son permis de conduire et s’inscrit à la Direction du travail, de la formation professionnelle (DTFP). Elle y suit une formation de responsable de rayon, qu’elle décroche avec les félicitations du jury. À la clé, un emploi au sein du magasin Jumbo Score – aujourd’hui Carrefour – où elle devient responsable de rayon. Elle y travaille jusqu’en 2011, avant d’occuper un poste de caissière, tout en participant à la formation de nouvelles recrues. Sa maîtrise de trois langues et son sens du contact facilitent son intégration dans les équipes.
En 2016, la naissance de son fils marque un tournant. Après son congé maternité, elle choisit de consacrer davantage de temps à son enfant. Son fils Hayden étant en situation de handicap, Marie Chanfi cherche une activité sportive adaptée pour lui permettre de s’épanouir. Dans le Nord de l’île, les disciplines de combat étant rares, son frère Stam, ambulancier et éducateur au club Étincelles Hamjago, lui propose d’essayer le football.
Au départ hésitante, elle accepte finalement de faire confiance au club. Hayden n’a alors que quatre ans. Très vite, Marie Chanfi s’implique dans la vie du club. Elle accompagne son fils aux entraînements, les mercredis et vendredis, puis commence à participer à l’organisation de la vie associative.
Petit à petit, elle devient une figure familière du stade : préparation des petits-déjeuners pour les jeunes joueurs, cuisine pour les matchs, accompagnement lors des rencontres. Son engagement la conduit à intégrer le Bureau du club, puis à participer aux déplacements des jeunes joueurs, notamment en métropole, lors du tournoi Yellow Cup à Jard-sur-Mer, en Vendée.
Aujourd’hui, elle occupe le poste de trésorière des Étincelles Hamjago et agit également comme coordinatrice entre les parents et l’école de football. Briser les tabous autour du handicap. À travers le football, Marie Chanfi a également contribué à faire évoluer les regards sur le handicap. Au sein du club, explique-t-elle, « les enfants sont accueillis sans distinction. Chaque enfant a ses forces et ses difficultés. Au club, on ne fait pas de différence. Pour moi, ils sont tous pareils. » Une philosophie inclusive qui, selon elle, permet aux jeunes de grandir ensemble dans le respect et la solidarité.
Au fil des années, les jeunes joueurs lui ont donné un surnom affectueux : “maman Étincelles”. Une appellation qui résume bien son rôle auprès des enfants du club. « J’ai mis au monde un seul enfant, mais aujourd’hui j’ai l’impression d’être la maman de beaucoup d’autres », dit-elle avec un sourire. Installée entre Hamjago, M’tsahara et M’tsamboro, sa vie quotidienne traverse les trois villages du Nord : son fils est scolarisé à M’tsahara, fréquente la madrassa à M’tsamboro et joue au football à Hamjago. En ce 8 mars, Marie Chanfi souhaite aussi adresser un message aux femmes. Pour elle, les femmes ont toute leur place dans les responsabilités associatives, sociales ou publiques.
« Les femmes sont capables de prendre des responsabilités. Nous gérons déjà nos foyers et nous éduquons les générations futures. » Elle regrette cependant que certaines hésitent encore à s’engager davantage. « Il faut mettre les femmes en lumière. Et surtout se rappeler qu’il ne faut pas attendre le 8 mars pour reconnaître leur rôle : chaque jour devrait être la journée des femmes. »
À travers son parcours, entre famille, engagement associatif et solidarité, Marie Chanfi incarne une réalité bien mahoraise : celle de femmes discrètes mais essentielles, qui font vivre au quotidien les associations, les quartiers et les villages. Dans le Nord de Mayotte, sur les terrains d’Hamjago, beaucoup la connaissent simplement sous un nom : “maman Étincelles”.
M. Kaya
