Le torchon brûle entre la mairie d’Acoua et les parents d’élèves de l’école Acoua 2 située à deux pas du Stade Bassin. Après le blocage de la mairie et celui de l’école Acoua 2, la tension est montée d’un cran avec la mise en place d’un barrage sur la route nationale. En toile de fond : la construction très attendue du plateau sportif couvert, un projet communal financé par le Département, mais qui implique la démolition de deux salles de classe.
Annoncé depuis plus d’une décennie, le plateau sportif couvert d’Acoua doit permettre d’accueillir dans de meilleures conditions les jeunes sportifs du village et de la commune. Le projet, d’un montant de 1,9 million d’euros, est porté par la commune et financé par le Département.
Mais la décision de démolir deux salles de classe de l’école primaire pour lancer le chantier a mis le feu aux poudres. Les parents d’élèves dénoncent un manque d’écoute et craignent pour la continuité de la scolarité de leurs enfants.
Rencontrée sur place, une représentante des parents d’élèves tempère : “Nous ne sommes pas contre la construction du gymnase, ni même contre son emplacement. Il ne faut pas se tromper de combat. Nous voulons ce plateau sportif, mais pas en sacrifiant l’éducation de nos enfants.” Les parents réclament surtout une concertation réelle. “Aujourd’hui, aucune solution n’est proposée pour maintenir les élèves dans de bonnes conditions. Les bâtiments sont partiellement inondables en saison des pluies. Nous avons proposé d’autres pistes, comme le site d’Acoua 3, voire des Algecos, mais tout a été refusé. Nous restons pourtant ouverts au dialogue.”
Face à la montée des tensions, le maire d’Acoua, Marib Hanaffi, défend la position de la municipalité et appelle au calme. “Le projet du plateau couvert inclut ces deux salles depuis sa conception. Le projet du plateau sportif remonte à une dizaine d’années, soit deux mandatures successives : [celle d’Ahmed Darouèche (2014-2020), qui en a posé les premières bases, et celle de Marib Hanaffi (depuis 2020), qui en assure aujourd’hui la relance et la mise en œuvre, N.D.L.R]. Elles devaient déjà être démolies dans la précédente mandature, mais nous les avions réutilisées temporairement en attendant la finalisation du dossier. Aujourd’hui, tout est prêt, il faut lancer les travaux.”
Selon l’édile, le choix actuel est le “moindre mal” : “Nous avons prévu une rotation temporaire pour que les cours se poursuivent. Si tout se passe bien, on sortira de cette rotation à la rentrée d’août. Si l’État nous aide à rembourser les dépenses post-cyclone [cyclone dévastateur Chido du 14 décembre 2024, N.D.L.R], nous pourrons construire deux nouvelles salles dès 2026. Sinon, la commune les financera sur son budget.”
Le maire assure enfin qu’aucun danger ne pèse sur la sécurité des élèves : “Les techniciens nous l’ont confirmé : les distances de sécurité sont respectées. Les travaux se feront sans risques majeurs ni nuisances excessives.”
Pour Zouhourya Mouayad, conseillère départementale du canton, le conflit illustre avant tout un défaut de communication : “Le Département finance, la commune pilote. Les habitants confondent souvent les compétences des élus. Le projet est communal, le Département le finance à hauteur de 1,9 million d’euros. Mais c’est à nous, élus, d’expliquer et de communiquer pour éviter les malentendus.”
L’élue, qui s’est rendue sur place, tente de jouer un rôle d’intermédiaire : “J’ai échangé avec le maire, les parents d’élèves et le bureau d’études pour comprendre si le projet pouvait être réalisé par étapes. Des propositions existent, comme l’utilisation temporaire des salles de la maternelle pour accueillir les CP. Malheureusement, elles n’ont pas été acceptées.”
Sur le blocage et les tensions, elle se montre ferme : “Je comprends la colère, mais pas la forme. Mettre le feu sur la route est inacceptable. Nous devons trouver une issue pacifique. Ce gymnase, c’est aussi pour la jeunesse d’Acoua. Il faut apaiser et avancer ensemble.”
Entre promesse de développement sportif et inquiétude scolaire, le plateau sportif d’Acoua cristallise les contradictions d’un territoire en mutation : des besoins urgents, des moyens limités et des espaces restreints.
Les parents demandent à être entendus, la mairie veut lancer les travaux sans perdre les financements, et la conseillère départementale appelle à une médiation. Reste désormais à transformer les barricades en table de concertation, car le plateau couvert d’Acoua ne pourra sortir de terre que si le dialogue, lui, reprend racine.
M. Kaya et Marley, reporter sur le terrain
