Billet

Acoua, un samedi aux paradoxes

Ce samedi soir, Acoua vit un moment singulier, presque irréel. Trois événements majeurs se partagent la scène d’une petite localité d’ordinaire plus paisible : le Dahira Chadhouli dans l’enceinte de la mythique mosquée Zawyani, haut lieu de recueillement, de prière, de mémoire pour commémorer Cheou Anli, figure emblématique, respectée des Mourides Torika Chadhouli ; le concert de Zily, attendu depuis des semaines par ses fans, à la Marine ; et, en contrepoint, la nouvelle du décès de feu Maandhi, tombée en début de soirée.

Clair-obscur à Acoua. La religion, la fête et le deuil se côtoient ainsi dans un même souffle, offrant un tableau saisissant de coexistence, mais aussi de tensions silencieuses. Car il fut un temps où la règle ne souffrait pas d’exception. Ce samedi soir, Acoua a tout vécu à la fois : ferveur religieuse, divertissement populaire et deuil. Ironie du temps : dans les années 90, un festival de la musique, prévu sur la célèbre place Chilindrou, fut annulé à la dernière minute — scène montée, sonorisation prête, artistes sur place — au seul motif de sa proximité avec la mosquée.

Aujourd’hui, en 2025, les prières de Zawyani, les riffs de guitare à la Marine et les murmures et les larmes endeuillés se partagent l’air du soir. Les mondes se frôlent, se tolèrent, se superposent. Acoua a changé, ou peut-être apprend-elle à faire cohabiter ce qui, jadis, semblait inconciliable. Peut-être un signe que le village change. Ou qu’il apprend à vivre avec ses contradictions.

Entre ferveur, divertissement et mémoire, ce samedi restera gravé comme l’un de ces instants où le village se regarde dans un miroir inattendu.

M. Kaya, directeur de publication

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