Avec Biri Biri, Demayo, l’artiste mahorais, auteur-compositeur-interprète signe un morceau sans fard, presque frontal, où la musique devient miroir social. Un miroir parfois cruel, mais nécessaire. Originaire d’Acoua, l’artiste, auteur-compositeur-interprète, continue de creuser un sillon personnel : celui d’une parole libre, lucide, profondément ancrée dans les réalités mahoraises.
Le cœur du message est limpide. Biri Biri s’attaque à une posture bien connue : celle de ceux qui se revendiquent “fils de”, héritiers d’une réussite qui n’est pas la leur. Se vanter d’un nom, d’un père, d’une famille, sans jamais avoir bâti sa propre trajectoire. Demayo tranche : l’identité ne se reçoit pas, ne s’hérite guère, elle se fabrique. La réussite non plus. Elle se construit à la sueur, au front, pas à l’ombre d’un arbre généalogique.
Installé en métropole, l’artiste pose sur Mayotte un regard à la fois lucide et affûté, nourri par la distance des dix mille kilomètres qui le séparent du bled, mais aussi par l’expérience directe de ses retours réguliers sur l’île. Ce qu’il y voit nourrit ses textes : une certaine prétention affichée, parfois déconnectée du réel, des discours d’“enfants gâtés” clamant être “nés à la bonne étoile”, alors même que le quotidien raconte la précarité, le manque, l’illusion. Biri Biri naît de ce décalage, de cette dissonance entre le verbe et le vécu.
Musicalement, le morceau s’inscrit dans cette écriture directe qui caractérise Demayo. Pas de posture, pas d’enrobage inutile : une parole droite, assumée, rythmée, qui épouse les maux de Mayotte sans jamais les caricaturer. L’artiste n’accuse pas, il constate. Il ne moralise pas, il invite à réfléchir.
Avec une quinzaine de clips à son actif et six albums — Liberté, Président, Mibouha (Sors), La Vie, entre autres — Demayo s’impose comme une voix constante du paysage musical mahorais. Une voix qui observe, raconte, dénonce, questionne. Toujours inspiré, profond, réaliste et pragmatique, il s’inscrit dans une tradition artistique où la musique sert autant à faire vibrer qu’à éveiller.
Entouré et nourri par les échanges avec des figures emblématiques de la scène locale comme Baco, Mikidache, Ziggy ou Mabré — sans oublier la transmission avec la jeune génération — Demayo poursuit son chemin, fidèle à une ligne : dire Mayotte telle qu’elle est, sans folklore inutile, mais avec une sincérité musicale qui résonne longtemps après la dernière note.
Biri Biri n’est pas qu’un clip. C’est un rappel. Une invitation à descendre de l’estrade des apparences pour marcher, enfin, sur le terrain du réel.
M. Kaya
