Éditorial

Cap sur six ans de défis

Il y a des élections qui désignent. Et d’autres qui inaugurent une époque. Avec l’élection de Kassidi Roukia à la présidence de la Communauté d’Agglomération du  Grand Nord de Mayotte (CAGNM), c’est un double symbole qui s’impose : une première femme, une première fois, et, surtout, une unanimité qui sonne comme un mandat clair. Enseignante de formation, issue de la liste Bonheur simple portée par le maire de Koungou, Raos, elle hérite d’une responsabilité à la mesure du territoire : piloter pendant six ans l’avenir d’un espace de près de 90 km² et de quelque 60 000 habitants, répartis entre Koungou, Bandraboua, M’tsamboro et Acoua — avec un poids démographique décisif pour Koungou.

Mais au-delà des personnes, c’est bien d’architecture territoriale dont il s’agit. Car disons-le sans détour : l’intercommunalité est devenue le véritable centre névralgique de l’action publique locale. Routes, eau, développement économique, aménagement, tourisme — les leviers structurants ne se décident plus seulement à l’échelle communale. Ils se conçoivent, se financent et s’arbitrent à l’échelle intercommunale. Ignorer cela, c’est piloter à vue.

Or, la CAGNM part avec un handicap : elle est la dernière née des intercommunalités de Mayotte. Un retard réel, presque structurel. Mais dans ce retard se cache aussi une opportunité : celle de bâtir plus vite, plus intelligemment, en apprenant des trajectoires des autres territoires. Car le Nord n’est pas une page blanche. C’est une promesse.

Un littoral encore sous-exploité. Une pêche à structurer. Une agriculture à moderniser. Une richesse culturelle, notamment à Acoua, à valoriser sans la dénaturer. Un patrimoine vivant, entre traditions et identités fortes. Et surtout, un potentiel touristique évident — de l’îlot de M’tsamboro au Mont Jabalini, véritables balises naturelles d’un territoire qui ne demande qu’à être révélé.

À cela s’ajoute un atout stratégique majeur : le port de Longoni. Poumon économique de Mayotte, porte d’entrée des flux, levier logistique et commercial de premier ordre. Le Grand Nord ne peut pas simplement le regarder fonctionner. Il doit s’y connecter pleinement, en faire un accélérateur de développement, un hub au service de l’ensemble des communes.

Mais un potentiel, sans cap, reste une illusion. La réussite de la CAGNM reposera sur trois piliers : une gouvernance solide, capable d’arbitrer sans se disperser ; une stratégie claire, fondée sur des priorités hiérarchisées ; une solidarité territoriale réelle, où chaque commune trouve sa place sans freiner l’ensemble. Le défi est simple à énoncer, plus complexe à tenir : transformer un territoire en projet.

Madame Kassidi Roukia ne présidera pas seulement une institution. Elle devra incarner une dynamique. Donner du sens à l’unanimité. Traduire le consensus en décisions. Et, surtout, inscrire le Grand Nord dans une trajectoire où il cesse de courir derrière son retard pour enfin écrire son propre rythme.

M. Kaya, directeur de publication

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