Interview

« Ce tournoi dépasse le cadre sportif pour devenir un véritable pilier social »

À Acoua, le tournoi Ramadan s’est imposé comme bien plus qu’une compétition sportive. Porté par l’ASCJA, il est devenu un rendez-vous attendu, mêlant football, transmission et cohésion sociale. À l’approche de l’édition 2026, Satoufidou, président de l’association organisatrice, revient sur l’esprit du tournoi, ses choix forts et la vision qui guide cet événement emblématique du mois sacré. Entretien.

Le tournoi Ramadan est devenu un rendez-vous incontournable à Acoua. Qu’est-ce qui fait, selon vous, son identité et sa longévité au fil des années ?

C’est avant tout ce pont entre les générations. Un moment unique où les jeunes et les vétérans partagent le même terrain et les mêmes passions.

L’édition 2026 affiche une ouverture totale en seniors masculins, sans limitation du nombre d’équipes. Est-ce un choix assumé, et quels défis cela pose en matière d’organisation ?

Chaque année, nous organisons une réunion avec les responsables d’équipe pour leur expliquer le règlement du tournoi. Cette méthode, qui a été mise en place en seniors, vise à garantir une bonne organisation. Les responsables d’équipe sont déjà informés des récompenses prévues pour chaque équipe : une récompense à hauteur de 20 joueurs par équipe.

La date limite d’inscription est fixée au 20 janvier 2026. À ce stade, sentez-vous déjà un engouement particulier des équipes ?

Oui absolument, car l’heure est plutôt à la constitution de la meilleure équipe pour chaque responsable d’équipe. Nous pouvons déjà le ressentir auprès des joueurs sollicités par plusieurs équipes à la fois.

Vous imposez à chaque équipe senior la désignation d’un arbitre. Pourquoi cette décision, et que dit-elle de votre vision du fair-play et de la discipline dans le football local ?

Cette décision reflète notre vision de la co-responsabilité, nous voulons impliquer chaque équipe dans l’organisation pour que tout le monde se sente concerné par la réussite du tournoi. En passant de l’autre côté du sifflet et en présentant officiellement chaque arbitre, on favorise l’empathie et le respect mutuel. Pour nous, le fair-play passe par la compréhension de la difficulté de l’arbitrage ; c’est ainsi que l’on protège l’esprit du football local.

Les cotisations ont été clairement définies, avec une gratuité pour les minimes. Est-ce une manière d’encourager la relève et de renforcer la pratique du football chez les plus jeunes ?

C’est tout à fait l’objectif, nous avons voulu faire de la gratuité pour les minimes un signal fort d’accessibilité. En levant le frein financier, nous garantissons qu’aucun jeune ne reste sur la touche et nous encourageons activement la relève du football local. C’est une manière d’investir dans l’avenir de nos clubs tout en renforçant l’aspect familial et festif de l’événement

La place accordée aux équipes féminines et aux cadets est notable. Comment travaillez-vous pour que ce tournoi reste inclusif et représentatif de toutes les pratiques du football à Acoua ?

En accordant une place centrale aux équipes féminines et aux cadets, nous ne faisons pas de la simple figuration, nous leur offrons la même visibilité et la même ferveur qu’aux seniors. C’est en valorisant toutes les catégories que nous construisons un football local plus fort, plus uni et surtout plus représentatif de la vitalité de notre jeunesse et de nos sportives.

Organiser un tournoi pendant le Ramadan demande des ajustements particuliers. Comment adaptez-vous les horaires, le rythme des matchs et l’encadrement pour respecter ce contexte spirituel ?

Nous avons adapté le calendrier pour respecter la spiritualité : tous les matchs de soirée débutent après la prière de l’Incha. Le rythme est précis, une rencontre par soir en semaine, deux le vendredi avec les équipes féminines à l’honneur, et des week-ends denses alliant la relève l’après-midi (cadets/minimes) aux seniors en nocturne. C’est un défi d’encadrement très intense, mais ce dispositif permet de vivre pleinement le football à Acoua tout en respectant parfaitement le mois sacré du Ramadan.

Le tournoi Ramadan est aussi un événement social. Quel rôle joue-t-il, selon vous, dans la cohésion entre les quartiers, les villages voisins et les générations ?

Ce tournoi dépasse le cadre sportif pour devenir un véritable pilier social. C’est un moment unique où la rivalité du terrain se transforme en fraternité, il crée des ponts entre les quartiers et les villages voisins, transformant chaque match en un rendez-vous de partage.

Après les éditions précédentes, quels enseignements avez-vous tirés et quelles améliorations ont été apportées cette année ?

Les éditions passées nous ont poussés à être plus structurés. Pour pallier le manque de bénévoles, nous impliquons désormais chaque équipe dans l’arbitrage, garantissant ainsi une meilleure gestion des matchs. Nous avons aussi renforcé la sécurité et adopté une discipline beaucoup plus ferme : tout joueur ne respectant pas les valeurs du tournoi sera sanctionné sans compromis. L’objectif est clair : garantir un cadre sécurisé et exemplaire pour tous les passionnés de football à Acoua.

Propos recueillis par M. Kaya

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