Il y a des trajectoires qui ne font pas de bruit, mais qui façonnent durablement un territoire. Une commune. Un village. Celle de Chadhouli Touli, appartient à cette catégorie rare : les bâtisseurs patients, enracinés, constants.
Né le 22 février 1967 à M’liha, dans la commune de M’tsangamouji, fils de Fatima Digo et d’Attoumani Saïd Attoumani Touli, il grandit à Acoua, élevé dès l’âge de deux ans par sa tante paternelle. Une enfance tissée de liens familiaux solides, de terrains poussiéreux, de rires d’enfants et de premières passes de football. Le décor est posé : celui d’un homme qui ne quittera jamais vraiment le terrain.
Son parcours scolaire épouse celui d’une génération en construction : école primaire entre M’tsangamouji, M’tsangamboua et Acoua, puis les collèges de Mamoudzou et Dzaoudzi, avant un passage au lycée de Mamoudzou. Mais très vite, l’appel de l’engagement dépasse celui des bancs de l’école.
En 1987, il s’oriente vers l’enseignement. Une formation accélérée, exigeante, encadrée au Cours Normal de Mamoudzou. Dès 1988, il est déjà sur le terrain, professeur des écoles à Sada Bandrani. Mais l’homme ne se contente pas d’une salle de classe. Le sport, lui, ne l’a jamais quitté.
1988 marque un tournant : il réussit le concours de moniteur d’éducation physique et sportive et intègre la direction de la jeunesse et des sports. Sa mission est claire, presque militante : développer le sport de masse et structurer les pratiques. Le sport comme colonne vertébrale.
Il affine ses compétences à l’Institut National du Sport et de l’Éducation Physique (1991–1993), décroche son Brevet d’État d’éducateur sportif, puis se spécialise dans le football. La suite est une montée en responsabilité méthodique : conseiller pédagogique et formateur associatif, directeur adjoint d’équipements sportifs départementaux, cadre à la Ligue mahoraise de football et chef de service sport, puis ressources humaines et logistique. Un parcours technique, rigoureux, presque académique. Mais derrière les lignes administratives, une constante : le terrain.
Impossible de comprendre Chadhouli Touli sans évoquer Racine du Nord d’Acoua, cette école de vie. Il y entre en 1981. Il y grandit. Il y apprend tout. Un passeur entre générations. Joueur, dirigeant, secrétaire général, créateur de sections (notamment handball), il participe à l’âge d’or du club. Une époque où les affiches comme Racine du Nord contre les Abeilles de M’tsamboro ou les Étincelles de Hamjago faisaient vibrer tout le Nord de Mayotte.
Ce sont ces matchs-là, ces ambiances-là, qui forgent une vision : le sport n’est pas un simple loisir, c’est un outil de cohésion sociale. Chadhouli ne se contente pas de suivre le mouvement. Il crée. 1986 : association culturelle et sportive des jeunes de M’liha, 1995 : centre communal des loisirs pour les jeunes et enfants, 2000 : association Maharavou, dédiée aux femmes d’Acoua. Il agit là où les besoins émergent : jeunesse, structuration sociale, autonomie économique. Toujours avec une approche pragmatique, presque artisanale.
Son engagement politique n’est pas une conversion, mais une continuité. Élu conseiller municipal en 2001, il connaît les rouages de la vie publique. En 2026, il franchit un cap stratégique en devenant directeur de campagne de la liste NIAC portée par Ahmed Darouèchi. Victoire au second tour. Et dans la foulée, une nomination logique : adjoint au maire chargé de la jeunesse et des sports. Une fonction taillée sur mesure.
Chez Chadhouli Touli, il n’y a pas de posture. Pas de discours creux. Il y a une ligne directe entre l’action et l’utilité. Son parcours raconte une chose simple, presque ancienne dans sa noblesse : servir plutôt que briller. Dans un territoire comme Acoua, où les défis sont nombreux — jeunesse, équipements, structuration associative — son profil incarne une forme de stabilité précieuse. Une mémoire du terrain, mais aussi une capacité à se projeter.
L’histoire ne fait que commencer. Car à Acoua, le chantier est vaste. Et dans ce théâtre où se mêlent ambitions politiques, attentes sociales et réalités budgétaires, Chadhouli Touli avance avec une boussole simple : mettre la jeunesse en mouvement pour faire avancer tout un territoire. Sans bruit. Mais avec constance.
M. Kaya
