Le 14 décembre 2024, Mayotte n’a pas seulement affronté un cyclone. Elle a fait face à une vérité. Celle d’un territoire exposé, vulnérable, mais aussi lucide sur ce qui se joue désormais dans l’Océan Indien. Chido n’a pas surpris l’île par son arrivée. Il l’a frappée par sa puissance. Les chiffres étaient connus, les alertes claires, les consignes répétées. Et pourtant, quand le vent a dépassé les 200 km/h, quand les réseaux ont cédé, quand certaines communes ont été coupées du monde, l’évidence s’est imposée : nous étions face à quelque chose de nouveau.
Comparer Chido à Kamisy, cyclone de 1984, n’est pas un exercice de nostalgie météorologique. C’est un révélateur. Kamisy avait déjà semé la mort et la destruction avec des rafales à 185 km/h. Quarante ans plus tard, Chido a frappé plus fort encore, dans une île plus peuplée, plus urbanisée, mais pas nécessairement mieux protégée. Entre-temps, Mayotte a grandi. Trop vite. Souvent sans filet. Les constructions se sont multipliées, les réseaux se sont densifiés, les dépendances aussi. Le risque, lui, n’a jamais disparu. Il s’est amplifié.
La grande différence entre 1984 et 2024, ce n’est pas seulement la vitesse du vent. C’est notre rapport au danger. Nous savons aujourd’hui. Les scientifiques alertent. Les météorologues préviennent. Le dérèglement climatique n’est plus une hypothèse, c’est un cadre. Chido n’est pas une exception, il est un symptôme. L’Océan Indien se réchauffe, les cyclones gagnent en intensité, et les territoires insulaires sont en première ligne.
Cet édito n’est pas un réquisitoire. C’est un appel à la responsabilité collective. Reconstruire, oui. Mais reconstruire autrement. Plus solide. Plus réfléchi. Plus juste aussi, pour ces milliers de familles sans assurance, sans protection, sans alternative quand tout s’effondre. Le courage des Mahorais ne peut pas être la seule réponse à des phénomènes qui dépassent désormais l’échelle individuelle.
Chido restera dans les mémoires comme un souvenir douloureux. Mais il doit surtout rester comme un point de bascule. Celui où Mayotte a compris que l’avenir se prépare avant la tempête, pas après. Le vent finit toujours par tomber. Mais il reviendra, hélas, plus violent encore. La question est simple : serons-nous prêts la prochaine fois ?
M. Kaya, directeur de publication
