C’est un équipement attendu de longue date qui entre enfin en service. Installé devant la mairie d’Acoua, dans le Nord-Ouest de Mayotte, le distributeur de billets, déployé en partenariat avec le Crédit Agricole, est officiellement opérationnel depuis le 2 avril 2026.
Un service de proximité salué par les habitants, tant il répond à un besoin concret du quotidien. Mais derrière cette mise en service récente, se dessine une réalité plus nuancée : celle d’un projet conçu et mené bien en amont. Quelques jours seulement après la passation de pouvoir intervenue lors de la séance d’installation du nouveau conseil municipal, le 29 mars 2026, l’ancien maire, Marib Hanaffi (MDM-MDCA), tient à clarifier l’origine du projet.
Selon lui, le distributeur n’est en rien une initiative récente : « Nos successeurs n’ont rien eu à engager sur ce dossier. La mise en service relève uniquement d’un processus technique assuré par le Crédit Agricole et Orange. » Autrement dit, l’équipement aujourd’hui visible est l’aboutissement d’un dossier entièrement structuré, financé et finalisé sous la précédente équipe municipale.
Le coût global du projet est estimé à environ 140 000 euros, selon une étude réalisée par un bureau mandaté par la mairie. Le financement s’est appuyé sur plusieurs leviers : 50 % pris en charge par l’intercommunalité, la Communauté d’Agglomération du Grand Nord de Mayotte (CAGNM). Le reste est réparti entre la commune et une sollicitation du Département-Région. Une participation départementale attendue à hauteur de 41 000 euros, finalement non concrétisée. Conséquence directe : la commune a dû assumer une part plus importante du financement initialement prévue.
Au-delà du distributeur, ce projet s’inscrit dans une vision plus large défendue par l’équipe sortante. Une ligne directrice articulée autour de trois priorités : structurer et anticiper (organiser le territoire et préparer la commune aux risques). Faciliter le quotidien (développer des services de proximité, comme l’installation récente d’un médecin ou des projets de mobilité). Améliorer la qualité de vie (offrir un cadre propice à l’épanouissement et à une certaine exigence de développement local).
Le dossier trouve également son origine dans un contexte bancaire particulier. Un différend entre établissements, notamment entre la BFC et le Crédit Agricole pour une implantation à M’tsamboro, a ouvert une fenêtre stratégique. « Nous avons su saisir cette opportunité pour proposer une alternative à Acoua », souligne Marib Hanaffi. Après plusieurs tentatives auprès d’autres acteurs bancaires restées infructueuses, le Crédit Agricole s’est finalement positionné sur le projet.
Pour l’ancienne équipe municipale, ce distributeur est loin d’être un cas isolé. Il s’inscrit dans une dynamique plus large de développement local : mise à disposition de terrains pour des initiatives privées, projets en cours autour de services essentiels (pharmacie, transport intercommunal) et structuration progressive d’une offre de proximité. En filigrane, un message assumé : « Les élus sont parfois accusés de parler sans agir. Ici, le travail est visible. »
À Acoua, le distributeur de billets dépasse le simple statut d’équipement. Il devient un marqueur politique, un symbole de continuité — et, déjà, un objet de lecture entre héritage et appropriation. Car en matière d’action publique, une vérité demeure : les projets s’inscrivent dans le temps long, mais leur visibilité, elle, appartient toujours au présent.
M. Kaya
