Mon Œil !

Démissionner n’est pas s’opposer

Démissionner après la défaite, vraiment ? Quand l’opposition déserte, la démocratie vacille. Il y a des silences qui en disent long. Et puis il y a des départs qui résonnent comme un aveu. À Acoua, au lendemain d’un scrutin pourtant marqué par une forte mobilisation démocratique, certaines démissions laissent un goût amer. Un goût d’inachevé. Un goût d’abandon. Disons-le.

Car soyons clairs : quitter le navire au moment précis où commence le vrai travail politique — celui du débat, de la contradiction, du contrôle — ce n’est pas une stratégie. C’est une fuite.

Les faits sont là. Après le second tour des municipales, deux figures de la coalition formée entre LR, FLAM et UADM — née dans l’entre-deux-tours pour peser face à la dynamique de NIAC et de MDM-MDCA — ont choisi de se retirer. Sauzée pour LR. Djambaé pour FLAM. Rideau. Fin de scène. Sauf que la politique n’est pas un théâtre où l’on salue uniquement quand on gagne.

Qu’envoie-t-on comme message aux électeurs ? À ces centaines de citoyens qui ont cru, qui ont voté, qui ont espéré ? Qu’en dit-on à cette jeunesse d’Acoua, engagée, motivée, prête à prendre sa place dans le débat public ? Qu’au premier revers, on plie bagage ? 

C’est une lecture inquiétante. Car la démocratie locale ne se nourrit pas uniquement de victoires. Elle se construit aussi — et surtout — dans l’opposition. Une opposition vivante, exigeante, structurée. Une opposition qui questionne. Qui propose. Qui corrige. Sans cela, le conseil municipal devient une chambre d’enregistrement. Et Acoua mérite mieux qu’un débat à sens unique.

L’opposition n’est pas un échec, c’est une responsabilité. Il faut le rappeler avec force : être minoritaire ne signifie pas être inutile. Bien au contraire. C’est dans l’opposition que l’on apprend. Que l’on affine sa vision. Que l’on construit une crédibilité politique durable. C’est là que se forgent les futurs leaders. Ceux qui, demain, pourront prétendre gouverner avec solidité. Démissionner, c’est se priver de cette école du réel.

Et pour des figures jeunes, engagées, porteuses d’idées nouvelles — issues de mouvements récents comme FLAM ou UADM — c’était une opportunité rare. Une rampe de lancement. Un espace d’expression. Aujourd’hui, cette opportunité est laissée sur le bord du chemin. Regrettable.

La conséquence est immédiate : moins de voix, moins de contradictions, moins de respiration démocratique. À l’heure où la participation a frôlé des niveaux remarquables — autour de 70 %, signe d’une vitalité citoyenne incontestable — ces démissions sonnent comme un contretemps. Comme une dissonance.

On ne peut pas appeler à la mobilisation et, dans le même souffle, se retirer du combat institutionnel. La politique est une affaire de durée. De constance. De fidélité à ses engagements. Respecter le vote, c’est rester debout.  Les électeurs n’ont pas voté pour des candidatures éphémères. Ils ont voté pour des idées, pour une vision, pour une représentation. Rester, même dans l’adversité, c’est honorer ce mandat moral. Partir, c’est l’affaiblir.

Dans ce paysage recomposé, certains ont fait un autre choix. Celui de rester. Celui de continuer à porter une voix, même minoritaire. MDM-MDCA, UADM… eux ont compris que la politique ne s’arrête pas au soir d’une défaite. Et ils ont raison.

Car les défis qui attendent la commune d’Acoua sont immenses : contraintes budgétaires, développement économique, cohésion sociale, attractivité territoriale. Rien de tout cela ne pourra se faire sans un dialogue exigeant entre majorité et opposition. À la majorité portée par NIAC désormais, une responsabilité claire : écouter, intégrer, respecter les contre-pouvoirs. Gouverner, ce n’est pas écraser. C’est équilibrer.

Les campagnes sont terminées. Les slogans se sont tus. Les urnes ont parlé. Maintenant commence le temps long. Celui des décisions, des arbitrages, des compromis. Le temps de l’action. Et dans ce temps-là, chaque voix compte. Acoua n’a pas besoin de spectateurs. Elle a besoin d’acteurs. Engagés. Présents. Responsables. 

Démissionner, c’est tourner le dos à cette exigence. Rester, c’est construire l’avenir. À chacun, désormais, de choisir de quel côté de l’histoire il souhaite se tenir.

M. Kaya, directeur de publication

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