À l’approche des municipales des 15 et 22 mars 2026 à Acoua, Nachiati et Cham’sane lancent « Donne Moi Ta Voix », une démarche citoyenne visant à replacer les projets au cœur du débat. Apolitiques et indépendantes de tout parti, elles souhaitent instaurer un dialogue direct entre candidats et habitants, exiger des programmes clairs et assurer un suivi des promesses après l’élection. Leur priorité : faire évoluer la culture politique locale vers plus de transparence, de responsabilité et de participation citoyenne durable. Entretien.
Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer « Donne Moi Ta Voix » à l’approche des municipales 2026 ?
Nachiati : L’idée est née sur le terrain, lors d’une investiture politique à Acoua. Face à des échanges jugés trop descendants, une conviction s’est imposée : créer un véritable espace de dialogue entre les candidats et la population. D’abord en instaurant des séquences de questions réponses lors des meetings. Puis en envisageant un débat local réunissant toutes les têtes de liste, centré sur des sujets concrets : projets, budgets, sécurité, jeunesse, infrastructures.
L’objectif est clair : passer du slogan à la responsabilité, et permettre aux électeurs d’entendre des réponses précises, publiques et assumées. Car à l’approche des municipales, les habitants n’attendent pas un spectacle. Ils attendent des engagements crédibles.
Est-ce une réponse à un constat particulier sur le climat politique local ?
Nachiati : À chaque élection, le même schéma se répète : des meetings remplis, des applaudissements, des soutiens affichés. Mais le fond des projets reste rarement interrogé. L’adhésion est souvent affective, familiale plus que programmatique. Peu de questions sur la faisabilité, le financement ou la cohérence des propositions. Et six ans plus tard, les déceptions reviennent.
L’enjeu est donc de changer la culture politique locale : passer de l’applaudissement à l’exigence, du soutien instinctif à l’analyse des projets. Car une démocratie mature ne se contente pas d’écouter, elle questionne et compare. Acoua mérite un débat à la hauteur de ses défis.
Vous vous définissez comme apolitiques. Concrètement, comment garantissez-vous votre neutralité ?
Nachiati : Nous ne sommes affiliés à aucun parti politique, par choix. Les grandes formations nationales fonctionnent selon des logiques conçues pour l’Hexagone, souvent difficiles à adapter aux réalités spécifiques de Mayotte. Suivre une étiquette sans prise en compte des contraintes locales peut devenir un frein. De plus, l’appartenance partisane limite la liberté d’expression et impose une discipline que nous ne souhaitons pas.
Nous préférons rester dans une démarche citoyenne indépendante. Cela nous permet de dialoguer avec tous les candidats, sans posture ni arrière-pensée, et de questionner librement les projets au service du débat local.
Selon vous, quels sont les trois enjeux majeurs qui devraient dominer cette campagne municipale ?
Nachiati : Trois priorités dominent cette campagne municipale : l’éducation, la sécurité et les défis climatiques. L’éducation est une urgence renforcée depuis le passage du cyclone Chido en décembre 2024. Les infrastructures scolaires fragilisées imposent désormais une véritable remise à niveau. Investir dans l’école, c’est investir dans l’avenir de la commune.
La sécurité est devenue un enjeu central. Même si toutes les compétences ne relèvent pas de la mairie, la commune dispose de leviers concrets en matière de prévention, d’aménagement et d’accompagnement. L’inaction n’est pas une option. Enfin, les inondations récurrentes rappellent que le défi climatique est structurel. Gestion des ravines, aménagement hydraulique, urbanisme adapté : ces questions techniques engagent directement la responsabilité politique locale.
Pensez-vous que les débats actuels sont suffisamment centrés sur les projets ou trop personnalisés ?
Nachiati : Les débats actuels sont trop centrés sur les personnes et pas assez sur les projets. Les échanges ressemblent davantage à des confrontations d’ego qu’à une présentation claire des visions pour les six prochaines années. Les programmes publiés restent flous : peu de détails sur les budgets, les calendriers, les priorités ou les contraintes. Lors de l’émission Kalaoidala sur Mayotte La 1ère, les annonces sont restées limitées et peu structurées, laissant une impression d’inachevé.
Résultat : difficile pour les électeurs de se projeter. Une élection municipale doit porter une trajectoire et une méthode, pas seulement un rappel du passé. Sans projets concrets et chiffrés, le débat demeure imprécis — et une commune ne peut pas avancer durablement dans le flou.
Votre engagement s’arrête-t-il au soir du second tour ?
Nachiati : Notre engagement ne s’arrêtera pas au soir du second tour. Il dépasse la campagne électorale. Le maire élu sera le maire de tous, et notre rôle citoyen continuera après l’élection : suivre les promesses, observer les décisions, assister aux conseils municipaux, analyser les choix budgétaires.
Il ne s’agit pas d’être dans l’opposition systématique, mais dans une vigilance constructive. Rester informées, comprendre, expliquer et, si possible, relayer les décisions auprès du public. Parce que la démocratie locale ne se limite pas au vote : elle se vit, se suit et s’exerce au quotidien.
Comptez-vous assurer un suivi des promesses de campagne durant la mandature ?
Cham’sane : On compte assurer un suivi, juste pour rappeler à la prochaine équipe qui occupera les lieux, que c’est avant tout, la maison du peuple et qu’ils ont été élu pour fournir le meilleur service à la population, pour ne pas qu’ils croient qu’une fois élus, c’est la belle vie, on attend mieux dans cette commune, donc on sera là pour leur rappeler celà. S’il faille se réunir chaque année pour faire le point, nous ferons en sorte que ça se fasse.
Si vous deviez résumer l’esprit de « Donne Moi Ta Voix » en une phrase, quelle serait-elle ?
Cham’sane : “Donne Moi Ta Voix”, c’est: faire en sorte d’avoir la meilleure équipe ( en terme de compétences, pour mener cette commune avec la population, car les meilleurs experts sont les habitants, nous savons de quoi nous avons besoin, et quels sont les problèmes nous rencontrons car c’est nous qui y vivons. En somme, donne moi ta voix et la chance que “Donne Moi Ta Voix” est une manière de dire aux élus que la commune ne peut se construire sans la population, il faut l’inclure dans tous les débats.
Peut-on imaginer que « Donne Moi Ta Voix » devienne un rendez-vous démocratique durable ?
Cham’sane : C’est notre souhait, que la population de cette commune prenne ce projet à bras le corps, qu’ensemble, on puisse le reconduire chaque année pour faire le bilan et connaître l’avancement de chaque projet, et chaque 6 ans pour qu’ils puissent nous convaincre de voter pour eux. Qu’on puisse se poser sur une place publique et débattre des sujets qui régissent notre société, ensemble, malgré nos désaccord et sans s’insulter, sans manquer de respect ou autre. On ose penser qu’il est possible de débattre sans que cela ne vire au règlement de compte.
Que diriez-vous à un habitant qui pense que « voter ne change rien » ?
Cham’sane : Quand bien même cela ne sert à rien, ça reste un devoir qu’on nous a longtemps refusé (nous les noirs ) je trouve dommage de ne pas en profiter aujourd’hui et de faire entendre notre voix.
À quoi ressemblerait, selon vous, une campagne municipale exemplaire ?
Cham’sane : Une campagne municipale exemplaire serait celle qui évoquerait uniquement les projets, comment les conduire pour convaincre la population que son équipe est la plus qualifiée et compétente pour faire avancer la commune. Ce n’est pas une campagne qui dénigre, insulte, rabaisse ses opposants pour se faire bien voir ou bien avoir plus de voix. Ce n’est pas en rabaissant, en insultant ou en dénigrant l’opposition que tu vas rallier la population à ta cause, au contraire.
Et c’est dommage de voir et de lire des propos qui donnent une mauvaise image du débat public aujourd’hui. C’est pour endiguer ce genre de pratique que “Donne Moi Ta Voix” est née, pour qu’enfin les équipes puissent faire une politique propre et centrée sur leur programme et objectifs pour la commune, et ce avec la population. Sûrement pas en incitant la population dans des pratiques archaïques, qui n’a que pour objectif d’attiser la haine. Il faut changer de mentalité.
Propos recueillis par M. Kaya
