Chroniques

Émanciper, c’est préparer le départ… sans oublier le retour

Il y a des départs qui se font sur un coup de tête, d’autres sur un billet d’avion acheté à la hâte. Mais pour nombre de jeunes Mahorais, le départ vers la métropole ressemble à une traversée sans boussole, sans carte, sans gilet de sauvetage. Ils sont nombreux à rêver d’ailleurs, sans toujours mesurer les réalités d’un “ailleurs” qui ne les attend pas.

C’est dans ce silence institutionnel, dans cette absence de préparation et de relais, que s’est forgé le combat de Houssaini Assani Tafara, originaire de Kani-Kéli. En 2004, il observe. En 2008, il accompagne. En 2010, il agit. Et en 2016, il décide. Après le décès d’un jeune fraîchement arrivé en métropole, il transforme son engagement personnel en projet collectif : Émanciper Mayotte.

Ce n’est ni une ONG subventionnée, ni une structure institutionnelle. C’est une association montée avec les moyens du bord, portée par la conviction qu’il ne suffit pas de vouloir partir : encore faut-il savoir comment, pourquoi, et pour quoi revenir.

Alors, année après année, le Forum de la Mobilité sillonne l’île. Il pose ses valises à Mamoudzou, à Koungou, à Bouéni… et ce week-end, à Acoua. Là, on parle de mobilité, certes. Mais on parle surtout de logements à trouver avant le départ, de démarches à anticiper, de différences culturelles, de confiance en soi. On invite des anciens à témoigner, des professionnels à conseiller, des jeunes à se projeter.

Mais Émanciper Mayotte ne s’arrête pas là. Une fois les jeunes en métropole, l’accompagnement continue : Master Class, livret de survie sociale, antennes à La Réunion, à Marseille, au Mans… Et au centre de tout cela, une vision : celle d’une jeunesse formée, préparée, outillée, consciente, ancrée dans sa culture, capable de s’élever sans se déraciner.

Ce qui impressionne, c’est la cohérence. Houssaini aurait pu poursuivre sa carrière d’ingénieur dans l’automobile, sa passion. Il a choisi de revenir. Il aurait pu s’éloigner. Il a décidé de rendre. Sa réussite personnelle, il l’a transformée en levier collectif. Et sans grandes aides publiques – le Conseil départemental reste aux abonnés absents –, il continue à financer, organiser, déployer.

On dit souvent que les jeunes de Mayotte manquent d’ambition. Faux. Ce qu’ils manquent, c’est d’outils, de visibilité, de repères. Avec Émanciper Mayotte, Houssaini leur tend une carte, une main, et une parole : “Vous avez le droit de rêver grand.” Et ça, dans un monde où on préfère parler d’exode ou d’échec scolaire, c’est déjà une révolution.

M. Kaya, directeur de publication

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