À quelques jours de faire vibrer la Bretagne aux couleurs de l’océan Indien, Demayo s’apprête à vivre un moment fort. Auteur-compositeur-interprète originaire de Mayotte, il sera l’une des têtes d’affiche du Kabar’974, ce samedi 7 février 2026, au Parquet de bal de la Ferme de la Harpe à Rennes, à partir de 17h30. Une scène bretonne, certes, mais une soirée résolument tropicale, placée sous le signe du reggae, du maloggae et du sega, avec la participation d’autres artistes venus de La Réunion.
Porteur d’une musique habitée par les questions d’identité, de dignité et de lucidité sociale, Demayo assume aujourd’hui un rôle qui dépasse le cadre artistique. Chanter, oui, faire danser, bien sûr, mais aussi transmettre, éveiller, et représenter Mayotte au-delà de ses rivages. À l’occasion de ce rendez-vous rennais, l’artiste a accordé un entretien à acoua-info, revenant sans détour sur son parcours, sa responsabilité d’artiste insulaire, son regard sur la diaspora et son engagement auprès de la jeunesse mahoraise.
Avant que les basses ne résonnent et que la communion ne prenne corps, Demayo se livre. Entre racines assumées et regards tournés vers demain, entretien avec un artiste qui avance, sans filtre, fidèle à ce qu’il est.
Le Kabar est un mot chargé de sens dans l’océan Indien. Que représente pour toi le fait de porter cette culture mahoraise et insulaire sur une scène bretonne, loin de Mayotte mais proche des cœurs ?
Kabar en créole veut dire rassemblement de toutes les communautés pour toutes sortes éventuellement ou causes.
Ta musique est souvent habitée par les thèmes de l’identité, de la dignité et de la lucidité sociale.Sur scène, est-ce que tu chantes d’abord pour faire danser, pour faire réfléchir… ou pour réconcilier les deux ?
Malgré moi, je me sens responsable de porter et faire connaître Mayotte au-delà de notre région, c’est une fierté et en même temps une grosse responsabilité. Je suis très conscient de ça.
Le reggae, le maloggae, le sega : ce sont des musiques de racines, mais aussi de résistance. Comment arrives-tu à les faire évoluer sans les trahir, surtout dans un contexte de diaspora ?
Je chante d’abord pour moi-même et j’essaie de faire danser en même faire prendre conscience au public la réalité de nos sociétés même si dans mes chansons je parle beaucoup de ma vie. On essaie de partager notre culture, c’est donc qui nous sommes pour moi c’est notre vraie identité. Nos racines sans filtre.
Le public de Kabar’976 sera métissé, entre ultramarins, Bretons et amateurs de reggae. Qu’attends-tu de cette rencontre, et qu’aimes-tu observer dans les réactions du public quand les premières basses résonnent ?
J’attends du public la communion, le partage et surtout que chacun prenne plaisir. Je souhaiterais que ça soit une soirée qui marque les esprits.
Après ce concert du 7 février, où situes-tu Demayo aujourd’hui : dans la transmission du passé, dans le combat du présent, ou déjà dans la construction musicale de demain ?
Après cette soirée du 7. Nous ne pouvons qu’ avancer. Avec des projets pour aller encore plus haut, ça nous permet de rêver. En ce moment, j’ai pris en main 6 jeunes de Mayotte de différents villages dont notamment certains jeunes d’Acoua (sa ville natale, NDLR). J’essaie de les accompagner pour notre projet dans la musique. Je les apprends à chanter, à composer, à jouer de la guitare, à jouer du djembé et je leur montre quelques notes de clavier piano qui m’est resté. En tout cas, ça avance bien. Je suis très satisfait.
Propos recueillis par M. Kaya
