Instant Poésie

Kibosy, la voix qui s’efface

Kibosy, la voix qui s’efface

Ils parlaient bas, les anciens, sous les manguiers,
Le Kibosy glissait, doux comme un sablier.
Langue de l’aube, langue des veillées,
Par elle, les contes venaient nous bercer.

Aujourd’hui le vent souffle, mais plus de chansons,
Juste le silence, au cœur des maisons.
À peine un murmure, une prière discrète,
Sur des lèvres frêles, comme une amulette.

Autrefois, elle riait dans les champs de sel,
Elle grondait de colère, dans les mots rebelles.
Elle dansait dans les mariages, chantait sous les cieux,
Et liait les vivants aux regards des aïeux.

Mais les bancs d’école ont tordu sa voix,
Les livres français ont dit : « Laisse-la. »
On l’a traitée d’archaïque, de honte ou d’erreur,
Alors les enfants l’ont tue, le cœur en torpeur.

Et pourtant, elle vit encore, fragile étincelle,
Dans un proverbe, un refrain, une ritournelle.
Elle attend qu’on l’écoute, qu’on tende la main,
Qu’on dise : « Raconte-moi, d’où viens-tu, quel est ton chemin ? »

Car ce n’est pas une langue qu’on enterre ici,
C’est une île entière, c’est l’âme de Mayotte, aussi.
Un monde de sagesse, de regards profonds,
Un arbre généalogique aux mille noms.

Alors ce 7 juillet, levons la voix pour elle,
Faisons du Kibosy une lumière nouvelle.
Qu’il ne soit plus relique, mais souffle vivant,
Un pont entre hier, demain, et maintenant.

M. Kaya

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