Le tintement de la cloche de la rentrée a résonné ce lundi 25 août 2025, mais à Mayotte, le son est voilé par un arrière-goût amer. Plus de 114 000 élèves reprennent le chemin de l’école, mais la normalité n’est pas au rendez-vous. Comment pourrait-elle l’être, neuf mois seulement après que Chido a balayé des salles de classe, des toitures et des rêves, suivi par Dikélédi qui a ravivé les blessures encore fraîches ?
Le constat est rude : près de 3 000 enfants manquent à l’appel. Certains sont partis à La Réunion ou en métropole, d’autres ont rejoint le privé, quitte à alourdir des budgets familiaux déjà fragiles. L’école républicaine, censée être le socle de l’égalité, devient parfois un parcours d’obstacles où se joue l’avenir d’une génération.
À Acoua, la photographie est saisissante : 1 193 élèves recensés, et sûrement plus à venir, tant la demande est forte. Mais sur six écoles, quatre continuent de fonctionner en rotation, comme si l’on jonglait avec le temps et les espaces pour sauver ce qui peut l’être. Les stigmates du cyclone ne sont pas seulement matériels, ils se lisent aussi dans les visages fatigués des enseignants et l’inquiétude des parents. Les classes restent surchargées, les murs fissurés, les promesses de rénovation souvent trop lentes à se concrétiser.
Et pourtant, malgré la lassitude, malgré les frustrations, les enfants ont repris leur cartable. Leurs rires, parfois timides, parfois éclatants, rappellent que l’école est plus qu’un bâtiment : elle est un souffle, un droit, une promesse d’avenir. Là est la résilience mahoraise, là est la force d’un peuple qui, face aux épreuves, persiste à croire en la valeur de l’éducation.
Il y a urgence à ne pas laisser cette rentrée se réduire à une simple formalité. Elle doit être un électrochoc. Si l’État, les collectivités et la société civile ne prennent pas à bras-le-corps la reconstruction éducative, alors Mayotte risque d’élever une génération de laissés-pour-compte. L’école, même cabossée, reste le dernier rempart contre l’exclusion et la fatalité.
La cloche a sonné. Reste à savoir si elle résonnera comme un appel au sursaut collectif, ou comme l’écho lointain d’un espoir qui s’étiole.
M. Kaya, directeur de publication
