Interview

“Le BEF m’a amené à travailler sur mon profil, à mieux gérer mes émotions”

À l’occasion de l’obtention de son Brevet d’Entraîneur de Football (BEF), session Océan Indien 2025, Aydine Abdillahi s’est confié à la rédaction de acoua-info. Âgé de 35 ans, ancien coach de l’ACSJ M’liha, qu’il a conduit à une solide 3ᵉ place du championnat R1 mahorais cette saison, le technicien revient avec lucidité sur une formation exigeante, souvent éprouvante, mais profondément structurante.

Entre charge mentale, exigences professionnelles, vie personnelle et réalités du football local, il évoque sans détour ce que le BEF a changé dans sa vision du métier d’entraîneur. Un regard posé, humble, déjà tourné vers l’avenir — sans brûler les étapes.

Dans cet entretien, Aydine Abdillahi parle de remise en question, de gestion humaine, d’adaptation au contexte mahorais, mais aussi de transmission et de passion intacte pour le jeu. Une parole claire, ancrée dans le réel, à l’image d’un éducateur qui continue d’apprendre, convaincu que le diplôme n’est qu’un point de départ. Entretien.

Quand on t’annonce officiellement que tu es admis au BEF, quelle est la première émotion qui te traverse ? Soulagement, fierté, ou déjà l’envie de passer à la suite ?

La première émotion a clairement été le soulagement. Pour moi bien sûr, mais surtout pour la personne qui a indirectement subi cette formation à ma place. Ensuite vient la satisfaction, avant même de penser à la suite.

Le BEF est exigeant, parfois éprouvant. Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour toi durant cette formation : la charge de travail ou la remise en question permanente ?

Le plus difficile a été la charge globale. Il y avait l’exigence de résultats liée à l’entraînement des seniors, le travail professionnel, la préparation et la mise en place des séances, mais aussi tout le travail demandé dans le cadre de la formation. C’était éprouvant mentalement, mais j’ai eu la  chance d’être soutenu, notamment par ma femme.

Concrètement, qu’est-ce que le BEF a changé dans ta manière de penser le football et le rôle d’un entraîneur aujourd’hui ?

Le BEF m’a permis d’élargir ma vision. Avant, j’étais déjà capable de proposer des séances adaptées. Aujourd’hui, je réfléchis davantage en termes de performance individuelle et collective, d’analyse de l’adversaire et de prévention des blessures. Le rôle de l’entraîneur est devenu, à mes yeux, beaucoup plus global.

On parle beaucoup de tactique et de méthodologie, mais le BEF insiste aussi sur l’humain. Quelle place donnes-tu désormais à la gestion des joueurs, des caractères et des émotions ?

La dimension humaine est essentielle. Avant d’être bon dans la gestion d’un groupe ou dans l’entraînement, il faut d’abord bien se connaître soi-même. Le BEF m’a amené à travailler sur mon profil, à mieux gérer mes émotions, que ce soit sur le banc ou en dehors, et à mieux comprendre les joueurs.

Comment arrives-tu à concilier les exigences du haut niveau de formation avec les réalités du football local à Mayotte ?

Nous sommes formés avec des exigences proches du monde professionnel, mais la réalité à Mayotte reste amateur. Il faut donc savoir s’adapter. C’est justement là que l’on mesure la qualité d’un éducateur : être capable d’appliquer des principes solides tout en tenant compte du contexte local.

Avec le recul, quel conseil donnerais-tu à un éducateur mahorais qui hésite encore à se lancer dans une formation diplômante ?

Je lui dirais qu’il n’y a rien d’insurmontable. Une phrase entendue dès le début de la formation m’a marqué : « Le diplôme, vous l’avez ; c’est ce que vous produirez ensuite qui vous permettra de le garder ou de le perdre. » Cela demande surtout de l’engagement, de la rigueur et de la constance.

Le BEF est une étape. Est-ce que tu te projettes déjà vers la suite, ou est-ce que tu veux d’abord faire parler le terrain ?

Je laisse l’avenir proche décider. Ce qui est certain, c’est que je resterai toujours prêt à continuer d’apprendre dans le football. Pour l’instant, je préfère laisser le terrain parler

Selon toi, qu’est-ce qui manque encore au football mahorais pour permettre à plus de coachs locaux d’atteindre ce niveau de qualification ?

Il manque encore des moyens structurels, notamment en termes d’accompagnement. Nous étions peu de Mahorais en formation, principalement à cause du manque de maîtres de stage disponibles. Avec l’évolution des conseillers techniques au sein de la ligue, certains points pourraient être améliorés.

Pour conclure, quel est ton projet pour la prochaine saison ?

Je laisse l’avenir nous en dire davantage, mais avec un indice : je coupe avec les seniors. J’envisage surtout de rechausser les crampons, car après tout, je n’ai que 35 ans et je suis tout à fait capable de jouer au moins une saison

Propos recueillis par M. Kaya

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