Dimanche 22 février 2026, sur la place Hazali, quelque chose d’inédit s’est joué à Acoua. À quelques semaines du scrutin municipal des 15 et 22 mars, le projet « Donne Moi Ta Voix », porté par Nachiati Bé et Cham’sane Touli, a installé un face-à-face salutaire : candidats d’un côté, citoyens de l’autre. Sans filtre. Sans militantisme affiché. Avec une seule arme : la question.
Deux femmes du village, apolitiques, ont osé ce que beaucoup commentent sans jamais l’organiser : créer un espace où l’on ne vient pas haranguer la foule, mais répondre à ses préoccupations. Eau, voirie, sécurité, jeunesse, emploi, équipements sportifs, finances… La vie réelle, en somme. Le quotidien, celui qui ne se règle ni à coups de slogans ni à coups de colliers de jasmin.
L’initiative est courageuse. Audacieuse. Elle est historique à l’échelle de notre commune. Elle remet la démocratie là où elle doit être : dans la confrontation argumentée, respectueuse, publique. Avec, en prime, une diffusion sur les réseaux sociaux et à la radio. Transparence. Responsabilité.
Les candidats volontaires ont joué le jeu. Ils ont exposé leurs intentions, leurs priorités, leurs grandes orientations. On a entendu des mots justes. On a perçu des volontés sincères. Mais soyons francs : le fond est resté flou. Des projets, oui. Des ambitions, oui. Des chiffres, non. Des calendriers, encore moins.
Or gouverner une commune comme Acoua ne relève pas de la poésie électorale. Cela relève de la gestion publique. De l’ingénierie budgétaire. De la planification stratégique. De la méthode. De la vision. Des projets opérationnels mûrement réfléchis. La marge de manœuvre financière est étroite. Les charges de fonctionnement absorbent déjà l’essentiel des ressources. Chaque promesse devrait donc être accompagnée d’un triptyque simple : coût – financement – échéance.
Dire face aux habitants : « Voilà combien cela coûtera. Voilà comment je le financerai. Voilà dans quel délai je m’engage à le réaliser. » Voilà ce qu’attend un électorat mûr. Avisé. À la place, nous avons entendu des intentions généreuses mais recyclées. Des projets sans chiffrage. Des annonces sans trajectoire. Comme si l’élection ouvrait ensuite le temps de l’improvisation. Comme si l’on pouvait gérer une commune à vue, au gré des urgences et des arbitrages tardifs.
C’est précisément ce que « Donne Moi Ta Voix » cherche à combattre : la culture du slogan facile. L’idée qu’il suffirait d’annoncer pour convaincre. Non. Les habitants d’Acoua ne veulent plus seulement des promesses. Ils veulent des engagements mesurables. Du pragmatisme. Du concret.
Voter, ce n’est pas applaudir. Voter, c’est déléguer un pouvoir. Et déléguer exige des garanties. Ce premier débat citoyen est une réussite démocratique. Il marque une étape. Il montre qu’Acoua peut se hisser à un niveau d’exigence supérieur. Mais il nous laisse sur notre faim. La prochaine confrontation devra aller plus loin : approfondir, chiffrer, comparer, prioriser. Sortir du flou artistique.
La campagne bat son plein. Les sourires s’affichent. Les réunions s’enchaînent. Les discours s’envolent. Mais attention : la démagogie a ses limites. Les électeurs, aujourd’hui, ne sont plus dupes. Ils sont avides de concret. Ils veulent des projets qui transforment réellement leur quotidien — pas des catalogues d’intentions.
Acoua mérite mieux que l’improvisation. Elle mérite une vision structurée, assumée, planifiée. Dimanche, le micro était aux citoyens. C’est formidable. À présent, la balle est dans le camp des candidats. À eux de prouver que gouverner ne s’improvise pas.
M. Kaya, directeur de publication
