Billet

Le football mahorais entre frissons, regrets et exploits

Chaque week-end, les pelouses de Mayotte racontent une histoire. Parfois un roman noir, parfois une épopée lumineuse. Cette 18ᵉ journée des championnats R1, R2 et R3 a offert un peu des deux : de la fureur, des regrets, du panache… et ce parfum si particulier du football mahorais, où chaque match déborde de vie.

Dans l’élite, la R1, le choc attendu entre l’ASCJ M’liha et l’AS Rosador a tourné en une leçon de frustration. M’liha a dominé, tiré, combiné, insisté… mais sans jamais fissurer le mur vert. Rosador, fidèle à sa réputation de bête noire, a plié sans rompre, avant de porter le coup parfait : une tête chirurgicale de Dani dès la 14ᵉ minute, puis une gestion clinique du score. Pour M’liha, c’est un revers amer, comme si le soleil lui était passé juste à côté du visage. Pour Rosador, c’est une preuve supplémentaire de maturité : savoir souffrir, c’est déjà savoir gagner.

En R2, le derby Hamjago–Mtsamboro a enflammé Karoukantrodrou. Un stade plein à craquer, une ambiance de « classico » et un public rouge incandescent. Les Étincelles ont tout tenté : transversale de Toibrane, coups de génie de Tintin, débordements de Ballotelli, touches supersoniques de Kamardine… mais les Abeilles n’ont jamais rompu. Deux buts refusés, mille occasions envolées, et un 0-0 qui sonne comme une gifle froide pour Hamjago. Le foot a parfois le sens de l’ironie. Le leader Sada, lui, s’en frotte les mains après son succès face à Dembéni.

Plus bas, en R3, le Nord a tremblé. Racine du Nord a tenu tête au colosse AJ M’tsahara dans un match beaucoup plus équilibré que le classement ne le laissait penser. Silva a encore joué les remparts, Ben Arfa a tenté d’enflammer les débats, Ali M’zé a frôlé le but du week-end… mais la marque est restée bloquée à 0-0. Un point qui fait du bien aux jeunes d’Acoua, engagés dans une mission maintien devenue presque une affaire d’honneur.

L’US Acoua, en revanche, s’enfonce dans une spirale inquiétante. Battue 3-2 par Miréréni, malgré des phases de jeu cohérentes et un vrai sursaut d’orgueil, l’équipe plonge à la dernière place. Les efforts sont là, la volonté aussi, mais les erreurs défensives s’accumulent comme des pierres trop lourdes à porter. Le maintien n’est pas encore un mirage, mais il s’éloigne à chaque souffle.

Au bout du compte, cette 18ᵉ journée a rappelé une vérité simple : à Mayotte, le football n’est jamais tiède. Il brûle, il éclabousse, il déçoit, il émerveille. On y joue pour le classement, pour le maillot, pour le village, et surtout pour cette émotion brute qui fait vibrer les tribunes poussiéreuses comme les pelouses synthétiques. La suite s’annonce dense, nerveuse, passionnante. Et comme toujours sur nos terrains : rien n’est jamais écrit d’avance.

M. Kaya, directeur de publication

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