Éditorial

Le football, une arme de rassemblement menacée

Mayotte, notre île, se trouve aujourd’hui confrontée à un défi majeur : celui de redonner au football, ce sport populaire, emblématique et rassembleur, sa véritable fonction. Autrefois symbole de convivialité, de fraternité et d’émotion et de joie partagée, il se voit aujourd’hui perverti par la violence et les conflits inter-villageois qui, insidieusement, minent notre quotidien. Ronge progressivement la société. Et empoisonne les fondements de notre cohésion sociale.

Le football, naguère célébré comme un terrain de rassemblement, devient un terrain de tensions, de luttes et de divisions. Les matchs qui devraient rassembler jeunes et moins jeunes, se transforment en événements redoutés, parfois même annulés, sous la menace d’une violence grandissante. Samedi dernier, c’est le derby entre Racine du Nord d’Acoua et Tchanga FC de M’tsangamouji qui a été annulé. Aujourd’hui, c’est le derby entre les Abeilles de M’tsamboro et Étincelles de Hamjago qui est qualifié de « match à risque » en raison des rivalités inter-villageoises. Ce match a failli être délocalisé, mais grâce à la détermination de la municipalité et des clubs, des solutions ont été trouvées pour renforcer la sécurité et permettre la tenue de la rencontre malgré les risques de violences. Leur persévérance a payé, alliant audace et responsabilité. Autrefois, ces matchs étaient des moments de convivialité, où l’on se retrouvait pour vibrer ensemble, partager des instants de plaisir, loin de toute violence et de tensions.

La situation est d’autant plus préoccupante que cette violence ne se limite pas aux seuls matchs. Elle s’infiltre dans nos établissements scolaires, ces lieux où nos enfants devraient apprendre, s’épanouir et se construire. Aujourd’hui, nos écoles, sanctuaires de l’éducation, sont devenues des théâtres d’affrontements entre jeunes, parfois jusqu’à des drames irréparables. Des affrontements qui ne se limitent plus aux cours de récréation, mais qui envahissent chaque recoin de notre société. Le terrain de sport, qui pourrait être un lieu de réconciliation, de solidarité et de partage, devient un terrain de guerre.

Mais à qui la faute ? Comment avons-nous laissé cette situation dégénérer à ce point ? Pourquoi ces rivalités, qui devraient être des moteurs d’esprit de compétition saine, deviennent-elles des foyers de haine, de violence et de destruction ?

Il est plus que jamais temps de réagir. Les autorités locales, les clubs, les associations et, surtout, nous tous, citoyens de Mayotte, devons nous poser cette question : que devons-nous faire pour stopper cette spirale de violence qui gangrène nos événements sportifs, nos écoles et notre société ? Il est crucial de remettre l’accent sur l’essence même du sport : la convivialité, l’engagement collectif, la construction de liens et de valeurs communes. Il est vital de redonner à nos matchs de football leur véritable fonction : celle de nous unir, de célébrer nos différences et de créer des moments de fraternité.

La nostalgie de ces matchs où l’on se retrouvait autour du ballon, tous ensemble, sans peur ni violence, doit nous inciter à agir. Le football, tout comme la culture ou les festivités, est un puissant levier d’unité. Si nous ne prenons pas rapidement conscience du danger, si nous ne réagissons pas face à la violence croissante qui mine nos bases sociales, nous risquons de voir disparaître ces moments précieux, ces instants qui forgent notre identité collective.

Le temps est venu de reprendre le contrôle. Il nous appartient de réinventer un football où le respect, la solidarité et la joie de jouer ensemble prévalent. Il nous appartient de redonner à Mayotte un football où la victoire ne réside pas dans la domination sur l’autre, mais dans la communion de tous autour d’une passion commune.

M. Kaya, directeur de publication

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