Billet

Le gymnase ou l’école, ce faux dilemme

À Acoua, on s’étripe gentiment autour d’un chantier. Un gymnase, enfin ! Le Graal des sportifs, promis depuis des années, annoncé, rasé, puis reporté. Cette fois, le projet semble réel : le béton se prépare, les plans s’affichent, et les espoirs se ravivent. Mais, comme souvent chez nous, rien ne vient sans un grain de sable. Le terrain choisi empiète sur l’école Acoua 2. Et voilà que le rêve sportif se transforme en casse-tête éducatif.

Les parents d’élèves montent au créneau, bloquent la mairie, ferment l’école. On comprend leur colère : personne n’aime voir un lieu d’apprentissage grignoté par les pelleteuses. Et puis, soyons honnêtes, les chantiers publics ont souvent ce parfum d’improvisation qui met tout le monde sur les nerfs.

Mais dans le fond, le débat est plus large. Ce n’est pas seulement une histoire de mètres carrés. C’est le reflet d’un territoire trop petit pour ses ambitions, trop fragile pour ses rêves. À Mayotte, chaque projet devient un dilemme moral : construire ici, c’est déranger là. Planter une école, c’est déplacer un terrain. Élever un gymnase, c’est fâcher un quartier.

Pourtant, Acoua mérite les deux : des salles de classe sûres et des équipements dignes de ses sportifs. L’un forme les esprits, l’autre forge les caractères. Et entre les deux, il y a ce mot qu’on oublie trop souvent : le dialogue. La confiance.

On peut bâtir un gymnase sans piétiner une école, si chacun accepte d’écouter, de planifier, de revoir ses certitudes. Le bon sens, parfois, est plus solide que le béton. Et à Acoua, c’est peut-être la seule matière première qu’il faudrait remettre au centre du chantier.

M. Kaya, directeur de publication

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