Éditorial

Le Kibosy, une langue à sauver d’urgence

Le Kibosy, langue ancestrale de Mayotte, ne cesse de s’éteindre. Silencieusement. En 2025, seuls 20 % des Mahorais la parlent encore, contre 60 % au XIXe siècle. C’est une tragédie culturelle et patrimoniale, mais aussi une tragédie humaine, car derrière chaque mot qui disparaît, c’est tout un héritage, toute une manière de voir et de comprendre le monde, qui s’évapore.

Que reste-t-il de cette langue, autrefois porteuse de mémoire et de traditions ? Une poignée de locuteurs âgés, une communauté de plus en plus restreinte, de plus en plus fragilisée. La raison de cette disparition est souvent attribuée à l’influence coloniale, mais aussi aux enjeux religieux, à une stigmatisation, et à l’évolution de la société mahoraise, qui, peu à peu, a délaissé cette langue au profit du français, du Shimaoré et des langues pratiquées dans les îles Comoriennes.

Et pourtant, ce n’est pas un simple outil de communication qui est en jeu ici. Le Kibosy incarne l’essence même de Mayotte, une passerelle entre les générations passées et futures. Il est un miroir de l’Histoire, une clé pour comprendre le vécu des Mahorais, leurs luttes, leurs joies et leurs peines. Sa disparition, c’est un pan entier de l’Histoire de l’île qui se noie dans l’oubli.

Le cri d’alarme lancé par l’association Marovoanio, avec la mise en place de la Journée de l’Expression en Kibosy : 7 juillet, est un dernier appel à la conscience collective. C’est une tentative de sauver ce qui peut encore l’être. Une journée dédiée à cette langue, à sa préservation, et à sa valorisation, qui ne se résume pas à une simple commémoration, mais à une action résolue pour lui redonner sa place.

Si le Kibosy est à ce point en danger, c’est aussi parce qu’il porte encore les stigmates d’une époque où il était perçu comme un obstacle à l’intégration dans une société moderne. Le défi qui se pose aujourd’hui est de rendre cette langue à nouveau désirable, de montrer qu’elle peut être un vecteur de modernité tout en restant fidèle à ses racines.

Nous avons une responsabilité envers cette langue, et au-delà d’elle, envers notre histoire et notre culture. Le Kibosy, bien plus qu’un simple témoignage du passé, est la mémoire vivante de Mayotte. Si nous ne faisons rien pour le sauver, nous risquons de perdre une part fondamentale de ce qui nous définit en tant que peuple.

Alors, oui, célébrer le Kibosy ce lundi 7 juillet, c’est un acte symbolique, mais c’est aussi un acte politique. Un acte d’espoir. Parce qu’il n’est jamais trop tard pour se rappeler qui nous sommes, d’où nous venons, et ce que nous avons à préserver.

M. Kaya, directeur de publication

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