Éditorial

L’heure du mandat, l’heure du courage

Une semaine après le second tour des municipales, la nouvelle page institutionnelle d’Acoua s’est officiellement ouverte ce dimanche 29 mars avec l’installation du nouveau conseil municipal à la mairie. Ce calendrier s’inscrit dans le cadre légal prévu pour la première réunion du conseil après l’élection complète de l’assemblée municipale.

Dans la cour de la mairie, un stand avait été dressé pour accueillir le public. De nombreux habitants d’Acoua et de M’tsangadoua ont répondu présents. Une affluence qui dit quelque chose de précieux : ici, la démocratie n’est pas une abstraction administrative. Elle respire. Elle observe. Elle juge. Elle espère. Elle reste vivante.

Au cœur de cette séquence, un retour politique marquant : Ahmed Darouèchi retrouve le fauteuil de maire qu’il avait déjà occupé de 2014 à 2020. Avec lui, une nouvelle mandature s’ouvre, portée par la victoire de la liste NIAC. Huit adjoints ont été désignés, avec des délégations couvrant notamment la santé, le social, le numérique ou encore les finances. En face, la recomposition est nette : la page MDM-MDCA se referme sur un passage dans l’opposition, avec quatre conseillers, tandis que la coalition dispose elle aussi de quatre élus.

Mais une installation n’est pas une arrivée. C’est un serment silencieux. Une promesse sans discours inutile. Et, surtout, un rendez-vous brutal avec le réel. Car à Acoua, le réel est têtu. Les finances communales sont sous tension. Les marges de manœuvre sont étroites. Les attentes, elles, sont immenses. Il faudra donc gouverner avec sang-froid, méthode et lucidité. Ici, l’heure n’est pas aux effets de tribune. Elle est aux arbitrages serrés, aux priorités assumées, aux choix maîtrisés. Chaque euro devra être pesé. Chaque chantier devra être pensé. Chaque promesse devra affronter le mur du possible. Et ce mur est haut.

Les défis sont connus : infrastructures scolaires, routes, voirie, équipements sportifs, aménagements structurants. Le chantier est colossal pour une petite commune qui, seule, pèse peu dans les grands rapports de force territoriaux. Faible assiette fiscale, attractivité limitée, capacité d’investissement réduite : Acoua ne peut plus se contenter d’attendre. Elle doit apprendre à aller chercher les leviers là où ils se trouvent. C’est là que commence le vrai mandat. Il ne suffira pas d’administrer. Il faudra convaincre. Il ne suffira pas de gérer. Il faudra bâtir une stratégie. Il ne suffira pas de vouloir. Il faudra obtenir.

La commune devra parler plus fort au sein de l’intercommunalité du Nord, là où se dessinent une partie des projets structurants et des équilibres de développement territorial. Elle devra défendre ses dossiers avec constance, intelligence et fermeté. Dans le concert intercommunal, les communes qui avancent ne sont pas toujours les plus riches. Ce sont souvent celles qui arrivent avec une vision claire, des projets solides et une volonté politique sans tremblement.

Acoua a trop longtemps regardé passer certaines opportunités comme on regarde la mer emporter un espoir mal arrimé. Il faut désormais rompre avec la résignation. La gommer. La désapprendre. La commune n’a pas besoin d’un simple changement d’équipe ; elle a besoin d’une “nouvelle impulsion” capable de redonner confiance à une population fatiguée par le sentiment de stagnation, voire d’abandon. Cette nouvelle mandature sera donc jugée sur l’essentiel : sa capacité à remettre la commune en mouvement.

Mettre de l’ordre dans les priorités. Sécuriser les finances. Chercher des fonds. Monter des dossiers crédibles. Nouer les bons partenariats. Peser davantage dans les arbitrages intercommunaux. Et, surtout, remettre le développement au centre de l’action publique. Le temps électoral est terminé. Le temps du travail commence.

À Acoua, plus qu’ailleurs peut-être, les habitants n’attendent pas des symboles. Ils attendent des résultats. Des preuves. Des signes tangibles que la commune peut encore se relever, se projeter, rayonner. La victoire donne la légitimité. Le mandat, lui, impose le devoir.

À la nouvelle majorité désormais de transformer l’espérance en cap, puis le cap en réalisations. Parce qu’au fond, une commune ne se redresse pas avec des slogans. Elle se relève avec de la volonté, de la rigueur et une certaine idée de l’avenir. Et cet avenir, à Acoua, ne demande qu’à être reconquis.

M. Kaya, directeur de publication

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