À Lorient, entre embruns atlantiques et parfums d’ailleurs, une autre île s’invite le temps d’une fête. À l’occasion de l’Aïd, marquant la fin du mois sacré du Ramadan, la culture mahoraise déploie ses couleurs, ses rythmes et sa mémoire vivante. Originaire d’Acoua, engagé au sein de l’association Mayotte Breizh dans le Morbihan, Pay est l’un de ces passeurs discrets mais essentiels. À travers cette journée culturelle organisée ce vendredi 20 mars, il œuvre à faire vivre, transmettre et partager une identité insulaire loin de ses rivages. Entre transmission, ancrage et ouverture, il nous livre sa vision d’une culture qui refuse l’oubli et choisit le partage. Interview.
Pourquoi avoir décidé d’organiser une fête de l’Eid ouverte au public à Lorient ?
L’objectif est clair : faire de cette fête un espace de rassemblement ouvert, accessible à tous. Une célébration pensée pour le grand public, où chacun, sans distinction, peut trouver sa place.
Au programme, on retrouve Debaa, Maoulida Shengue, Chigoma ou encore les jeux traditionnels. Pourquoi était-il important d’intégrer ces éléments culturels ?
Intégrer ces éléments, c’est essentiel : ils nous rappellent d’où nous venons. À Mayotte, ces pratiques accompagnent naturellement les temps forts comme l’Aïd. Les recréer ici, en métropole, c’est faire vivre la mémoire, transmettre des repères et maintenir un lien vivant avec la terre d’origine. La fête se veut aussi une passerelle entre les générations. Et comme toute célébration qui se respecte, elle réserve encore son lot de surprises pour le jour J.
Est-ce une manière de transmettre la culture de Mayotte aux jeunes générations nées ou grandies en métropole ?
Oui, clairement. C’est même l’un des objectifs principaux. Beaucoup de jeunes entendent parler de Mayotte, de la culture mahoraise… mais sans l’avoir réellement vue ni vécue. On se donne cette responsabilité : transmettre, montrer, faire ressentir. Pour que cette culture ne soit pas seulement racontée, mais vécue.
Comment les habitants de Lorient et du Morbihan accueillent-ils généralement ce type d’initiative culturelle ?
L’accueil est très positif, porté avant tout par la curiosité. À chaque spectacle, on le voit dans leurs regards : ils se demandent ce qui se passe, pourquoi ces tenues, ces rythmes. Une curiosité qui devient rapidement adhésion. Car au fil des représentations, les habitants de Lorient et du Morbihan ne se contentent pas d’observer : ils s’approchent, questionnent, participent. À chaque événement, ils viennent nombreux. Il y a une vraie envie de découvrir, de comprendre, de partager.
Quels sont les défis pour préserver l’identité culturelle quand on vit loin de son île ?
Le principal défi, c’est l’oubli. Avec la distance et le temps, on a tendance à perdre certains repères, à ne plus se souvenir comme avant. Loin de Mayotte, la culture ne se transmet plus naturellement par le quotidien. Elle doit être entretenue, ravivée, parfois même réinventée. C’est pour cela que nous faisons cet effort : garder ces traditions vivantes dans nos mémoires, les faire exister ici, pour qu’elles ne disparaissent pas.
Selon vous, que peut apporter la culture mahoraise au paysage culturel breton ?
Les Bretons sont profondément attachés à leur culture, elle est bien ancrée, bien vivante. De notre côté, la culture mahoraise l’est tout autant. Alors pourquoi ne pas créer des passerelles ? Quand les Bretons viennent découvrir nos activités, on sent un réel intérêt. Il y a une curiosité, une envie de comprendre. À partir de là, tout devient possible.
Combien de bénévoles se mobilisent autour de Mayotte Breizh pour faire vivre cette journée ?
L’association Mayotte Breizh s’appuie sur une cinquantaine de bénévoles engagés. Mais au-delà de ce noyau, c’est toute une dynamique communautaire qui se met en mouvement. La communauté mahoraise du Morbihan répond présente, renforçant les équipes et participant activement à la réussite de l’événement. À chaque initiative, nous sollicitons largement. Et la réponse est là. Cela permet de faire vivre pleinement ces moments.
Quel message souhaitez-vous transmettre à travers cette fête ?
À Mayotte, l’Aïd fait partie de notre identité. C’est une évidence, une tradition profondément ancrée. Ici à Lorient, nous voulons continuer à la faire vivre. Au-delà de la célébration, l’enjeu est aussi éducatif et symbolique. Il s’agit de rappeler aux jeunes générations qu’elles héritent d’une culture, d’un calendrier, de repères qui leur sont propres. On célèbre bien d’autres fêtes, comme Noël. Alors pourquoi ne pas célébrer aussi l’Aïd ? C’est important pour nous.
Avez-vous l’ambition de faire de cette fête de l’Eid un rendez-vous annuel en Bretagne ?
Oui, c’est déjà en train de s’inscrire dans la durée. Depuis l’an dernier, nous travaillons en collaboration avec plusieurs associations, notamment à Vannes et à Rennes. L’initiative dépasse désormais le cadre local. Elle s’appuie sur un réseau structuré d’acteurs associatifs — Mayotte Breizh, mais aussi ses partenaires de Vannes et Rennes — engagés dans une même dynamique : faire vivre et rayonner la culture mahoraise en Bretagne. Nous ne sommes pas seuls. Ce travail collectif nous permet de construire quelque chose de plus solide, de plus durable.
D’autres projets culturels sont-ils en préparation pour valoriser Mayotte dans l’Ouest de la France ?
Là où il y a monsieur Pay, il y a toujours de l’ambiance. Et le calendrier ne manque pas de rendez-vous. Dès le mois de mai, une journée culturelle mahoraise viendra mettre à l’honneur l’île à travers ses multiples expressions : danses, jeux d’antan, tenues traditionnelles, mais aussi une valorisation de la beauté et de l’élégance féminine mahoraise. L’idée, c’est de montrer toute la richesse de Mayotte : sa culture, son identité, son esthétique. Une fois par mois, il se passe quelque chose. On veut créer un véritable rythme, une présence culturelle régulière. Rendez-vous à Lorient le 23 mai 2026 pour une autre journée culturelle.
Propos recueillis par M. Kaya
