Sports

Mayotte prend goût au trail

Quand l’île marche, court et grimpe vers la passion. Le trail, discipline exigeante et poétique, séduit chaque année davantage de Mahorais. Dans les villages comme dans les villes, sur les pentes verdoyantes du Nord comme dans les reliefs escarpés du Centre, on redécouvre le plaisir ancestral de la marche et de l’endurance. À Mayotte, cette petite île de 375 km², le goût de l’effort n’est pas une mode : c’est une mémoire.

Depuis l’enfance, les trajets dans les champs ou les collines forgent des mollets solides et un souffle d’acier. Ces gestes d’autrefois — marcher, grimper, porter — trouvent aujourd’hui un nouvel élan à travers le trail, ce sport où la nature devient terrain de jeu, mais aussi terrain d’humilité.

Dans toute l’île, les clubs se multiplient. À Mamoudzou et Chiconi, des groupes structurés organisent des sorties régulières. Au Nord, des passionnés comme Chad de Hamjago portent haut les couleurs de Mayotte en participant à des épreuves prestigieuses, du Marathon de Paris à celui de Nice. Ces ambassadeurs de l’effort inspirent une génération de curieux et d’amateurs qui troquent peu à peu les baskets de ville pour les chaussures de trail.

Les rendez-vous se font désormais incontournables : le Trail du Centre ou encore le Trail du Nord rassemblent chaque année des centaines de coureurs amateurs et professionnels venus mesurer leurs limites dans la bonne humeur. À Acoua, c’est sous l’impulsion du traileur Daniel Rachidi que la discipline s’enracine. Ses parcours à travers les paysages de la commune sont devenus un repère pour les jeunes et les sportifs locaux, désireux d’allier nature, endurance et convivialité.

Mais la passion dépasse aujourd’hui les frontières de l’île. En métropole, plusieurs Mahorais se distinguent. Souloutouni Saïd, licencié en Alsace, s’aligne cette année sur la mythique Diagonale des Fous à La Réunion. En Bretagne, Emman, un enfant d’Acoua, écume les routes et les sentiers d’Ille et Vilaine et du Morbihan, avec la même ardeur.

Absent du Grand Raid 2025, le natif du quartier Madjadjani, la fierté madjadjanoise dans cette discipline regarde sans doute avec une pointe de nostalgie et de pincement au cœur ses compatriotes affronter les sommets réunionnais. Là, sur les terres bretonnes, entre crachin et granit, l’appel du volcan doit le démanger un peu — comme un souvenir de poussière rouge, de racines, et d’horizons qui montent.

À Mayotte, le trail n’est plus une curiosité. C’est devenu une façon d’habiter son île, de respirer son relief, de renouer avec la lenteur et la force du pas. Une marche moderne, dans la continuité des chemins d’hier.

M. Kaya

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