À moins de cinquante jours du scrutin municipal des 15 et 22 mars 2026, le paysage politique d’Acoua est désormais clairement dessiné. Cinq listes sont officiellement engagées dans la course, un chiffre inédit pour la plus petite commune de Mayotte. Un record à la hauteur de l’effervescence politique qui traverse cette commune d’un peu plus de 5 000 habitants, dont 3 270 électeurs inscrits (INSEE 2024).
Les investitures se sont succédés ces dernières semaines, aussi bien à Acoua qu’à M’tsangadoua, confirmant une campagne déjà bien lancée. Cinq têtes de liste, cinq trajectoires, cinq visions qui se disputent l’avenir communal.
Parmi elles, Djambaé Ousséni, sans étiquette, conduit la liste FLAM, portée par un discours de rupture et d’autorité. Ahmed Darouèche, divers gauche, maire de la commune (2014-2020), fait son retour avec la liste NIAC. Sauzée Saandani mène la liste Les Républicains (LR) sous le slogan « Avec Vous ». Le maire sortant, Marib Hanaffi, se représente au nom de la continuité avec la bannière MDM-MDCA, tandis que Issouffi Mattoir est à la tête de la liste UADM.
Au-delà des noms, cette configuration électorale livre plusieurs enseignements. D’abord, celui d’une vitalité démocratique réelle. Cinq listes pour une commune de cette taille traduisent un fort intérêt pour la chose publique et une volonté affirmée de peser sur les orientations locales.
Ensuite, la campagne met en lumière une constante politique à Acoua : la difficulté des maires sortants à être reconduits. Historiquement, les équipes en place peinent à obtenir un second mandat. En cause, des bilans souvent jugés insuffisants par la population, mais aussi un déficit de communication politique, incapable de valoriser les réalisations pourtant engagées. À cela s’ajoutent les lenteurs administratives, les procédures complexes et, parfois, des programmes initiaux trop fragiles pour résister à l’épreuve du réel.
Enfin, ce scrutin se distingue par un renouvellement générationnel assumé. Plusieurs listes intègrent des profils plus jeunes, souvent quadragénaires, parfois novices en politique, mais déterminés à bousculer les habitudes. Un sursaut générationnel qui traduit une aspiration claire : passer d’une gestion perçue comme subie à une gouvernance plus volontaire, plus lisible et plus proche des attentes du terrain.
À Acoua, les municipales de 2026 ne se résument donc pas à une simple alternance. Elles posent une question centrale : la commune saura-t-elle, cette fois, se doter d’une équipe capable de conjuguer ambition, réalisme et efficacité dans la durée ? La réponse viendra des urnes, mais aussi de la capacité des listes à convaincre au-delà des promesses.
M. Kaya
