À deux semaines des municipales, les estrades se montent, les slogans fleurissent et résonnent sur les réseaux sociaux, les promesses circulent. A foison. Mais derrière le bruit politique, une question s’impose avec la rigueur d’un bilan comptable : dans quel état sont les finances de la commune d’Acoua ?
Car la campagne de 2026 sera aussi une bataille des chiffres. Et les chiffres, eux, ne se laissent ni séduire ni impressionner. Le rapport de la Cour des comptes, à travers la chambre régionale des comptes de Mayotte, constitue un passage obligé. Ouvert fin 2021 et achevé en octobre 2022, ce contrôle de gestion a examiné plusieurs exercices budgétaires à partir de 2017.
Verdict : douze recommandations, dont huit portant sur la régularité des procédures. Il ne s’agit pas d’un réquisitoire, mais d’un diagnostic. La juridiction financière appelle à renforcer la rigueur comptable, à professionnaliser davantage le pilotage budgétaire et à mieux assumer certaines compétences, notamment scolaires.
En clair : Acoua gère dans un contexte contraint. Mais la gestion doit encore gagner en solidité structurelle. À l’approche d’un scrutin municipal, ce rapport pèse. Il fixe un cadre. Il rappelle que l’action publique locale n’est pas qu’une affaire d’intentions, mais de conformité, d’organisation et de méthode.
En 2023, les recettes de fonctionnement avoisinent les 5 millions d’euros, soit environ 934 euros par habitant. Pour une commune jeune, dense, avec des besoins croissants en équipements scolaires, en infrastructures et en services publics, la marge est étroite. Incontestablement. Les arbitrages sont serrés. Les investissements sont prudents. Les projets avancent au rythme des subventions obtenues. En somme, la réalité budgétaire conditionne le développement.
La fiscalité directe locale reste modeste : environ 125 000 € de taxe foncière, 87 000 € de taxe d’habitation et 372 000 € d’impôts locaux directs au total. Ces montants traduisent une base fiscale étroite. Peu d’entreprises structurantes, un tissu économique dominé par le commerce de proximité, un foncier parfois informel.
La commune d’Acoua ne vit pas principalement de ses propres ressources. Elle dépend largement des transferts nationaux. La Dotation Globale de Fonctionnement (DGF) représente près de 1,7 million d’euros. À cela s’ajoutent plus de 2,5 millions d’euros d’autres impôts et taxes issus de mécanismes de compensation.
Comparée à certaines communes voisines plus attractives économiquement, Acoua dispose de moins de leviers financiers. Le développement ne se décrète pas. Il se finance. Moins de recettes propres, plus de dépendance aux dotations : l’équation est simple.
Le modèle est clair : la commune d’Acoua fonctionne en grande partie grâce aux dotations de l’État. Dans ce contexte, l’équilibre budgétaire peut parfois se jouer à quelques dizaines de milliers d’euros. La gestion devient un exercice d’équilibriste.
M. Kaya
