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Municipales 2026. Portrait de … Issouffi Matoiri, le technicien qui veut réveiller Acoua

À Acoua, on ne le présente plus vraiment. On l’appelle “Jeck”. Un surnom d’enfance, resté accroché aux souvenirs d’école comme une étiquette indélébile. Mais derrière ce diminutif familier se tient aujourd’hui un homme de dossiers, de méthodes et de convictions : Issouffi Matoiri, la quarantaine assumée, enfant de M’tsangadoua, tête de liste de l’Union Acoua Dreka M’tsangadoua (UADM) pour les municipales des 15 et 22 mars 2026. Un visage connu. Une ambition désormais officielle.

Le parcours est celui d’une génération partie se former ailleurs pour mieux revenir. Après le collège de Dzoumogné, cap sur La Réunion pour le lycée, puis Bordeaux pour des études en physique-chimie et en gestion des risques technologiques. Une trajectoire solide, presque académique.

Dix ans chez Total. Quatre ans dans la zone industrielle du Havre. Le privé, l’exigence, les process, la culture du résultat. Rien d’un parcours improvisé. Puis le retour. Définitif. Il y a un peu plus d’un an, Issouffi Matoiri rentre à Mayotte et intègre LEMA (ex-Syndicat des Eaux) comme responsable informatique. Ce n’est pas une parenthèse. C’est un choix stratégique : mettre la compétence au service du territoire. Chez lui, le retour n’est pas nostalgique. Il est programmatique.

Ce qui le pousse à franchir le pas politique ? Un constat répété, presque douloureux : “À chaque fois que je reviens, j’ai l’impression que c’est le même Acoua qu’il y a dix ans.” La phrase n’est pas un slogan. C’est un diagnostic. Voir peu d’évolution, constater l’enlisement sur des problématiques structurelles, sentir la lassitude gagner les habitants… Le technicien devient alors citoyen inquiet. Un échange avec un collègue, élu municipal au Havre, agit comme un déclencheur : à un moment, critiquer ne suffit plus. Il faut prendre part.

Dans la tradition des villages où l’engagement se transmet, le déclic n’est pas sans racines. Son père fut conseiller municipal. Enfant, il lisait les courriers administratifs à la maison. La politique n’était pas un spectacle : c’était une responsabilité.

Une méthode avant les promesses. Là où d’autres déroulent des catalogues d’annonces, “Jeck” parle d’équipe. Sa ligne directrice tient en une formule simple : d’abord trouver les bonnes personnes. Dans son approche, le projet n’a de valeur que s’il est porté par des profils compétents et alignés. Il revendique une rupture avec ce qu’il appelle les pertes de temps des précédentes mandatures. Le mot qui revient : mentalité. Changer Acoua, dit-il, suppose d’abord de changer nos façons de faire.

Pragmatique. Structuré. Peu enclin à la politique de façade. Il insiste sur les “petits problèmes” du quotidien, ceux qui grippent le développement communal. L’idée est claire : régler les fondamentaux avant de promettre des cathédrales. C’est une vision presque industrielle de la gestion municipale : audit, organisation, efficacité.

Mais réduire Issouffi Matoiri à son CV serait une erreur. Derrière l’informaticien rigoureux se cache aussi un créatif. Il est l’auteur-compositeur du titre Vanou Mayotte, interprété par Dj9zia. Le morceau, devenu viral sur l’île, célèbre l’unité et l’attachement au territoire.

Une chanson comme une déclaration. Une manière différente de parler de Mayotte. Moins technique. Plus vibrante. À Acoua, on aime les hommes enracinés. Lui revendique aussi sa passion pour le Mringué. La tradition et la modernité dans un même souffle : technologie d’un côté, culture populaire de l’autre. Un équilibre qui parle à une jeunesse en quête de repères.

Le 18 janvier dernier, l’UADM a officiellement lancé sa campagne à M’tsangadoua. Devant ses soutiens, Issouffi Matoiri a insisté sur la “symbiose” et l’échange constructif. Refus affiché des alliances d’opportunités dictées par des postes.

Le message est limpide : cohérence avant calcul. Dans une commune où tout le monde se connaît, où les alliances se font et se défont à l’ombre des rivalités villageoises, le pari est audacieux. Il faudra plus qu’un slogan pour convaincre. Il faudra rassurer, structurer, démontrer.

Un pari générationnel. À une quarantaine d’années, “Jeck” incarne une transition. Ni novice, ni vétéran. Ni héritier passif, ni révolutionnaire bruyant. Sa candidature interroge une question simple : la population d’Acoua est-elle prête à confier la mairie à un profil technicien, issu de la diaspora, qui promet moins de grands discours et plus de méthode ?

Dans une commune de près de 3 500 électeurs, chaque voix comptera. La campagne s’annonce dense. Les attentes sont fortes. Les défis, les enjeux structurels. Une chose est sûre : “Jeck” n’est plus seulement le garçon que l’on croisait derrière une caméra à Tsanga TV. Il est désormais sur le devant de la scène.

La politique, à Acoua, reste une affaire d’hommes, de mémoire et de courage. La suite s’écrira dans les urnes.

M. Kaya

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