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Municipales 2026. Quel projet économique pour changer d’échelle ?

À deux jours du scrutin municipal des 15 et 22 mars 2026, les discussions politiques à Acoua, petite commune du Nord-Ouest de Mayotte de plus de 5 000 habitants, tournent souvent autour de sujets très concrets : les infrastructures sportives, la voirie ou encore la sécurité. Des préoccupations légitimes, visibles, qui rythment la vie quotidienne des habitants.

Mais derrière ces enjeux immédiats se cache une question plus stratégique, presque silencieuse dans la campagne : quel moteur économique pour la commune d’Acoua dans les six prochaines années ? Car la mécanique budgétaire des collectivités locales est implacable. Sans développement économique, les recettes stagnent. Sans nouvelles recettes, l’autonomie financière demeure limitée. Et sans autonomie, la capacité d’investissement reste fragile. Autrement dit, une commune ne peut durablement se contenter de gérer l’existant : elle doit aussi créer les conditions de l’activité.

Aujourd’hui, l’économie d’Acoua repose essentiellement sur le commerce de proximité, quelques activités artisanales, des micro-entreprises et les services à la personne. Un tissu entrepreneurial réel, vivant, mais encore peu structuré, qui génère une base fiscale relativement étroite.

Les données de l’Insee de 2025 permettent d’en mesurer la réalité. En 2024, 25 entreprises ont été créées dans les activités marchandes hors agriculture. Le paysage entrepreneurial est largement dominé par les entreprises individuelles, qui représentent 88 % des créations, contre 12 % sous forme de SARL. Du côté des établissements, 28 créations ont été recensées la même année, dont 19 dans le commerce, les transports, l’hébergement et la restauration, soit près de 68 % du total.

Ces chiffres confirment une réalité économique bien connue dans les petites communes : le commerce et les services de proximité constituent l’essentiel de la dynamique locale, tandis que les secteurs à plus forte valeur ajoutée — industrie, numérique, immobilier ou finance — restent quasiment absents.

La commune ne dispose par ailleurs ni d’une véritable zone d’activité structurée, ni d’entreprises capables de générer une valeur économique significative à grande échelle. A l’évidence, le modèle actuel atteint ses limites et ne permet pas, à lui seul, un véritable saut qualitatif du développement local.

Le littoral, un levier stratégique. Dans ce contexte, plusieurs pistes émergent dans le débat public. Parmi elles, le potentiel du littoral revient régulièrement. Entre Acoua et M’tsangadoua, la commune possède un front de mer et des plages parmi les plus splendides du Nord de Mayotte. Un atout naturel considérable, mais encore largement sous-exploité sur le plan économique.

L’enjeu n’est évidemment pas de transformer la côte en zone bétonnée. L’idée, évoquée par plusieurs acteurs locaux, serait plutôt de structurer un développement raisonné et respectueux de l’environnement. Plusieurs pistes sont régulièrement avancées : un aménagement léger et qualitatif du front de mer, le développement d’activités nautiques encadrées, l’implantation maîtrisée de petites structures d’hébergement, ou encore la valorisation paysagère et environnementale du littoral. L’objectif serait clair : créer de l’activité économique locale tout en préservant l’équilibre naturel du territoire, en misant sur un tourisme à taille humaine.

Encourager l’entrepreneuriat local. Un autre levier souvent évoqué consiste à accompagner les initiatives économiques des habitants. Acoua compte de nombreux porteurs de projets — artisans, commerçants, jeunes entrepreneurs — qui se heurtent parfois à des obstacles administratifs, fonciers ou financiers.

Dans ce domaine, la municipalité pourrait jouer un rôle de facilitateur économique : mise à disposition de locaux communaux à loyers modérés, accompagnement des démarches de financement, partenariats avec les institutions économiques ou encore création d’espaces d’activités. Car si une commune ne crée pas directement des entreprises, elle peut en revanche créer un environnement favorable à leur émergence.

Dans cette campagne municipale, plusieurs listes ont présenté leurs orientations économiques. La liste NIAC, menée par Ahmed Darouèche, ancien maire de la commune (2014-2020), met en avant un projet structuré autour de trois priorités : soutenir l’économie de proximité, notamment par la création d’un marché local, encourager l’activité des jeunes avec une logique « 1 jeune – 1 activité », et valoriser les secteurs identitaires du territoire comme la pêche, l’artisanat et un tourisme maîtrisé.

Du côté de Sauzée Saandani, tête de liste Les Républicains, le projet municipal insiste avant tout sur l’amélioration du cadre de vie, avec un accent sur la jeunesse, l’éducation et les infrastructures sportives. Le programme prévoit également la modernisation des services publics, la sécurité, la salubrité et la dynamisation de l’économie locale afin de renforcer l’attractivité de la commune.

La liste FLAM, portée par Djambaé Ousséni, met pour sa part l’accent sur des équipements structurants : construction d’un marché couvert, d’un bureau de poste, d’une maison des associations ou encore d’une maison de santé. Le projet inclut également l’aménagement du front de mer, la création de terrains sportifs et l’amélioration du réseau routier.

Enfin, Marib Hanaffi, maire sortant et candidat sous l’étiquette MDM-MDCA, défend une stratégie centrée sur le renforcement du tissu économique local. Son projet vise à soutenir les commerces et les artisans, structurer des espaces d’activités et encourager l’entrepreneuriat des jeunes. Il évoque également le développement d’un tourisme maîtrisé autour du littoral d’Acoua et de M’tsangadoua afin de diversifier l’économie communale.

Quelle que soit l’orientation défendue par les différentes listes, un principe s’impose dans le débat local : le développement économique ne pourra se construire sans une gestion financière rigoureuse. Autrement dit, la crédibilité budgétaire demeure la condition indispensable de toute stratégie de développement durable pour la commune.

Les rapports institutionnels ont rappelé ces dernières années la nécessité de renforcer le pilotage budgétaire et la professionnalisation de la gestion communale. Sans crédibilité financière, aucune stratégie d’attractivité ne peut réellement prospérer. Au fond, la question posée aux électeurs dépasse largement les promesses de campagne. Elle concerne l’orientation économique d’Acoua pour la prochaine décennie.

La commune ne manque ni d’atouts — un littoral remarquable, une jeunesse dynamique, une identité culturelle forte (festival Soma Zamani chaque été, Sommet des Cultures chaque mois, groupe de Chigoma Louba Junior en vogue) — ni d’énergie entrepreneuriale. Mais elle devra choisir son cap : poursuivre une gestion prudente sous contrainte ou engager un projet économique structurant capable de générer de nouvelles ressources.

Car en matière de développement territorial, une évidence demeure : le développement ne se décrète pas. Il se construit, patiemment, par des choix stratégiques, des investissements mesurés et une vision claire de l’avenir.

M. Kaya

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