Culture

« On veut porter l’image de Mayotte au delà de ses frontières à travers le Debaa »

L’association culturelle Toiyaria de M’tsangadoua s’apprête à s’envoler pour Paris du 10 au 16 septembre 2025. Cette association de Dèba, adepte de chants traditionnels pratiqués par les femmes de Mayotte n’est pas à son premier départ. Créé en 1999, Toiyaria cumule plus d’une dizaine de voyages à travers l’Europe et dans le monde entier. Avant d’embarquer dans l’avion pour un nouveau départ, Fanayna Ousséni, l’ancienne chargée de mission, qui demeure membre assidue de Madrassati Toiyaria a accepté de répondre à nos questions. Entretien.

Pouvez-vous nous présenter votre Chama* de Dèbaa?

Madrassati Toiyaria existe depuis plus de 50 ans, mais la déclaration officielle de l’association s’est faite en 1999 et nous comptons aujourd’hui 80 adhérentes environ. Que des femmes! L’essence de notre association est la transmission intergénérationnelle. Dès le plus jeune. On peut dire même dès la maternelle. Dès qu’on commence à parler, on suit déjà nos mamans et mamies [rires, …). Les plus jeunes doivent avoir 3-4 ans et Il n’y aucune limite d’âge.

Madrassati Toiyaria possède l’un des CV les plus prolifiques parmi autant d’associations présentes sur l’île. Vous avez effectué de nombreux voyages en Europe et à travers le monde entier. Pouvez-vous vous revenir sur ces dates importantes qui ont marqué l’histoire de cette association originaire d’une localité paisible du nord de Mayotte ?

Je vais vous dresser l’ensemble de nos réalisations locales et internationales plus récentes au plus anciennes beaucoup de pays, forcément autant de villes dans le monde.
2025 : Festival des musiques sacrées à Fès au Maroc.
2024 : En Italie à Milan et Naples La musica del cieli
2024 : En Espagne à Potes (Cantabria) Festival Camino Lebaniego
2023 : En Belgique : Bozar / Palais
des Beaux-arts à Bruxelles dans le cadre du Sufi Night
2018 : En Palestine (Palais de la culture
de Ramallah, Dar Al-Tiffel, Naby-Musa à Jericho et Ambassade de la Belgique)
Dans le cadre du Festival Al-Khamanjati
2017 : Au Brésil (Imbassai, Salvador de Bahia) Festival encontro de culturas do Mundo

En France : Opéra de Rennes & Orléans + Festival Rio Loco à Toulouse
2015 : En France théâtre de Toulouse et de Nîmes
2013 : A Mayotte (Combani café room) Journées du patrimoine
2011 : En Europe (Helsinki Finlande et Liège, Belgique)
2010 : En France :Tumesnil, Paris,Reims, Nantes, Lilles

– En Suisse : Genève et Lausanne
2009 : En France (Marseille) Festival « Babel Med-music » (prix France musique cathegorie musique du monde décerné pour l’ensemble du débaa de Mayotte)
2008 : A Mayotte Concours de Débaa DVD et CD OCORA
2007 : (voyage de découverte intergénérationnel à Madagascar) Diégo, Ambilobé et Nosy-Be)

Nous voici à quelques jours d’un nouveau grand départ pour Paris. Quel est l’état d’esprit du groupe?

Nous essayons de combiner rigueur, cohésion et enthousiasme pour porter haut et avec joie la richesse culturelle de notre territoire. Nous sommes fières et motivées tout en gardant en tête que nous allons représenter tout un art, une culture, une histoire. Nous restons confiantes par rapport à notre expérience et nous essayons donc de transformer le trac en énergie positive, en engagement collectif.

Pour une telle représentation, la concentration et la discipline sont également nécessaires pour répéter avec sérieux, revoir la synchronisation, les placements et les transitions tout en sachant lever le pied pour préserver les forces et les voix pour le jour j.
C’est également le moment de vérifier nos tenues et percussions qui sont nécessaires pour partager une émotion, un patrimoine avec notre public puisque chaque prestation, chaque public est unique même si nous nous sommes déjà produit sur la même scène.

Quels sont les objectifs et les finalités des voyages que vous avez effectué depuis près de 18 ans?

Ces voyages ne sont pas seulement des tournées artistiques, ce sont de véritables missions de représentation et de transmission culturelle au service de Mayotte et de la culture mahoraise.

Nous voulons faire découvrir la richesse du patrimoine immatériel mahorais. Valoriser le debaa comme expression artistique et identitaire. Porter l’image de Mayotte au-delà de ses frontières, affirmer son appartenance à la France et à l’océan Indien, mais aussi son ouverture sur le monde. Nous voulons ausdi créer des ponts avec d’autres cultures et d’autres formes artistiques. Par exemple : featuring avec des hommes d’Oman au festival de Fès, des femmes brésiliennes et des hommes du Mozambique à Bahia en 2017).

Favoriser la reconnaissance mutuelle et le dialogue entre traditions. Offrir aux jeunes filles participantes une expérience qui renforce leur fierté et leur connaissance de leurs racines. Assurer la continuité du patrimoine en le mettant en valeur dans des espaces prestigieux. Gagner en visibilité et légitimité auprès d’institutions culturelles internationales. Ouvrir des opportunités de partenariats, d’invitations et de financements.

En terme de Finalités, on veut préserver et transmettre notre patrimoine immatériel. Je rappelle que le Debaa est inscrit au patrimoine immatériel de France. Contribuer à l’identité collective de Mayotte et à sa reconnaissance dans le monde. On veut utiliser le debaa pour renforcer l’image positive du territoire et favoriser son rayonnement. Enfin, on compte inspirer les générations futures à s’impliquer dans la préservation et la valorisation de leurs traditions.

Selon vous, quel est la place du Debaa dans le village de M’tsangadoua? Sachant que cette pratique réservée aux femmes Mahoraises est inscrite au patrimoine immatériel culturel Français?

À M’tsangadoua, le debaa est au cœur de la vie sociale puisque rares sont les femmes qui n’en pratiquent pas. Je rappelle que le village comptabilise quand même 3 groupes, Toiyaria étant le plus ancien. Le debaa trouve sa place partout au sein du village, que ça soit pour les mariages, les retours de pèlerinage, la célébration d’une quelconque réussite, à l’occasion des fêtes religieuses ou même juste pour se divertir.

Ainsi cela contribue au renforcement des liens intergénérationnels.
L’inscription du debaa à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel valorise ses dimensions artistiques, spirituelles et communautaires. Ce qui affirme que le debaa est un symbole de l’identité mahoraise qui est aussi ancrée dans notre village et portée fièrement par les femmes.

Un dernier mot pour finir?

Nous tenons énormément à remercier notre producteur avec qui nous collaborons depuis le début de l’aventure.

Chama*: Groupe, association, entité.

Propos recueillis par Fofana A.

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