Chroniques

Quand le ballon devient parole

La saison s’en va sans faire de bruit, comme ces fins d’après-midi où le stade se vide lentement, laissant derrière lui des traces de pas, des cris suspendus et des conversations inachevées. Le football mahorais, en 2025, n’a pas seulement livré des résultats. Il a raconté des histoires. Et surtout, il a rappelé une vérité simple : ce sport vit autant par ce qu’il produit que par ce qu’on en dit.

Dans le Nord, le football n’est jamais un simple rendez-vous du week-end. C’est un repère. Une respiration collective. On y parle de montée, de maintien, d’occasions ratées et de buts venus d’ailleurs, mais on y parle aussi de patience, d’engagement, de transmission. Une saison, ici, c’est une traversée.

Il y a eu des équipes constantes, presque méthodiques, qui ont construit leur parcours pierre après pierre. Journée après journée. D’autres ont joué avec le feu, brillantes un jour, fébriles le lendemain. Et puis il y a eu ces matches nuls, ces scores ouverts, qui laissent un goût étrange : ni victoire ni défaite, mais beaucoup à apprendre. Le football a cette élégance cruelle de toujours renvoyer chacun à ce qu’il est vraiment.

Ce qui frappe, avec le recul, c’est la place du récit. Longtemps, à Acoua comme ailleurs, le match ne se terminait pas au coup de sifflet final. Il continuait dans les discussions, au carrefour, sous un arbre à palabres, sur un banc au bord de la plage. On refaisait les actions, on exagérait un peu, on corrigeait beaucoup. Le football était déjà une chronique orale, populaire, vivante.

Aujourd’hui, les mots ont changé de support, mais pas de fonction. Raconter le match, c’est prolonger le jeu. C’est lui donner une seconde vie. C’est aussi respecter celles et ceux qui s’y investissent sans projecteurs : joueurs anonymes, dirigeants bénévoles, entraîneurs patients, supporters fidèles.

La saison 2025 s’achève. D’autres compétitions arrivent, d’autres histoires s’annoncent. Le ballon continuera de rouler, parfois droit, parfois de travers. Et tant qu’il roulera, il y aura besoin de chroniques pour dire ce qu’il révèle de nos villages, de nos passions, et de notre manière d’être ensemble.

Le football passe. La mémoire, elle, reste.

M. Kaya, directeur de publication

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