Éditorial

Soma Zamani. Quand la culture prend le relais

À Acoua, quand les jours raccourcissent et que l’actualité s’assombrit, il est des rendez-vous qui rallument la flamme de l’espoir. Le festival Soma Zamani en fait partie. En quatre éditions, il est devenu bien plus qu’un simple événement culturel : un souffle collectif. Une échappée vibrante dans le cœur d’une population trop souvent reléguée aux marges des projecteurs.

Dans un département dévasté par le cyclone tropical Chido, miné par la délinquance  et une insécurité endémique, le choix de maintenir, de soutenir et d’accompagner un tel événement relève presque de l’acte militant. De la résistance. Un acte salutaire et courageux. Faire monter des jeunes sur scène, remettre les traditions populaires à l’honneur, inviter les anciens comme les nouveaux à partager le même espace, le même rythme, le même rêve : c’est cela, Soma Zamani.

Car ici, la musique n’est pas une distraction, elle est un langage. Les chants du Chigoma résonnent comme une mémoire vivante, les tambours du Tam-Tam bœuf racontent les luttes oubliées, et les scènes ouvertes donnent naissance à des voix qu’on n’entend nulle part ailleurs. Soma Zamani, c’est cette passerelle entre les générations, entre les quartiers, entre les villages, entre l’ombre et la lumière.

Ce festival est aussi une leçon d’organisation. Mené par des bénévoles, des artistes, des passionnés, il démontre que le Nord de Mayotte a des ressources, des idées et une jeunesse qui ne demande qu’à s’exprimer. Et s’il faut saluer le soutien des institutions locales et des forces de sécurité mobilisées, c’est surtout cette mobilisation populaire – silencieuse, patiente, déterminée – qui mérite d’être applaudie.

Alors oui, pendant quatre jours, Acoua s’offre une parenthèse. Une fête. De ferveur. Une revendication joyeuse d’être là, d’exister, de créer. De se divertir. D’espérer. De rêver. Et dans le tumulte d’un territoire à la recherche de sens, Soma Zamani rappelle une vérité essentielle : la culture n’est pas un luxe, c’est un droit. Et parfois, une forme de résistance.

M. Kaya, directeur de publication

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