Il en parle avec un calme lumineux, celui des hommes qui sont allés au bout d’eux-mêmes. Souloutouni, dit Soulou, originaire de Mayotte, quartier Vigie à M’tsangamouji, vient d’accomplir l’un des défis les plus fous du monde du trail : la Diagonale des Fous. Une traversée de 175 kilomètres et près de 10 000 mètres de dénivelé positif à travers les montagnes abruptes de La Réunion, entre volcans, cirques et ravines vertigineuses. Récit.
Quelques jours plus tôt, avant le départ du 16 octobre, il confiait à acoua-info son état d’esprit : “Je suis prêt. J’y vais le couteau entre les dents.”
Aujourd’hui, il raconte avec simplicité cette aventure où la douleur s’est mêlée à la beauté. “J’ai d’abord géré, explique-t-il. J’ai fait une grosse randonnée sur des sentiers très techniques — racines, cailloux, rochers et surtout beaucoup, beaucoup d’escaliers — jusqu’à Cilaos. J’ai pris le temps de discuter avec les autres raideurs, le public, même la TV belge qui m’a suivi du départ jusqu’à l’arrivée à La Redoute, à Saint-Denis.”
Mais c’est à Cilaos que tout s’est vraiment joué : “Ma course a commencé là. Je ne voulais pas subir la Diagonale, mais la dompter, la comprendre, la maîtriser.”
Son secret ? Une stratégie minutieuse, héritée de ses précédentes expériences (IT200, UTMB Alsace, Trail des Marcaires). Sans assistance officielle, il a appris à se débrouiller seul : “Je perds le moins de temps possible aux ravitaillements. Je bois, je remplis mes flasques, je prends de quoi manger dans un sac plastique et je continue à avancer. C’est une routine que j’ai rodée sur d’autres courses.”
Pour autant, il n’était pas seul. “Mes frères, une amie Réunionnaise et ma femme se sont relayés sur certains points stratégiques. Ils m’ont encouragé, rappelé le plan de course, redonné de l’énergie quand la fatigue essayait de m’avoir.”
Il s’était fixé trois scénarios : 39h, 45h et 49h. Il franchira finalement la ligne d’arrivée en 44h40min48s. Une performance remarquable pour un premier Grand Raid, sans assistance technique, sur l’un des parcours les plus exigeants au monde.
“Quand le Maïdo est passé, je savais que je tenais le bon bout. Je marchais vite dans les montées, les mains sur les cuisses — je dois encore progresser là-dessus —, je trottinais sur le plat et je courais dans les descentes. Certains concurrents me regardaient avec de grands yeux. L’un d’eux, un trailer du Bourbon, m’a même lancé : ‘Tu descends mieux que tous ceux que j’ai croisés !’”
Cette phrase, il la garde en mémoire. Non pas comme un trophée, mais comme la confirmation d’une chose : le courage n’a pas besoin de podium pour briller. Soulou n’a peut-être pas gagné la course, mais il a remporté bien plus : la certitude d’avoir tenu, d’avoir su dompter la montagne et d’avoir fait rayonner le nom de Mayotte jusqu’à la Redoute.
Là où finissent les fous, commencent les légendes.
M. Kaya
