Reportage

Soulou, le Mahorais qui a tenu tête à la Diagonale des Fous

Il est des chiffres qui, à eux seuls, racontent une épopée. Derrière les temps de passage, les vitesses moyennes et les positions au classement, il y a l’histoire d’un homme qui a choisi d’aller jusqu’au bout de lui-même. Soulou, originaire de Mayotte, a relevé le défi de la Diagonale des Fous, épreuve reine du Grand Raid de La Réunion : 165 kilomètres, 10 000 mètres de dénivelé positif, deux nuits sans sommeil et une seule certitude — rien n’est jamais acquis avant la Redoute. Reportage.

L’ascension du Maïdo : la nuit, la fatigue et la volonté

Samedi à 6 h 45, après 32 h 45 min d’effort, Soultoini atteint le Maïdo Tête Dure (124,18 km). Sa moyenne est tombée à 2,5 km/h, son allure à 23:41 min/km : la montagne ne pardonne rien.
Mais le coureur mahorais garde une constance admirable, se maintenant à la 772ᵉ place, malgré la nuit glaciale et les pentes abruptes du cirque de Mafate. Cette portion, souvent redoutée, est un passage initiatique où la douleur devient compagne de route.

Savannah : la renaissance du jour

Trois heures plus tard, changement de décor. À Îlet Savannah (141,17 km), Soultoini retrouve du rythme. Il vole presque sur les sentiers, affichant une vitesse moyenne de 6 km/h pour une allure de 9:57 min/km.
Résultat : il remonte 130 places et pointe désormais à la 642ᵉ position. Le corps souffre, mais la tête guide. C’est le moment où la Diagonale cesse d’être une course et devient un combat intérieur.

Ratinaud : la pente du courage

À Chemin Ratinaud (148,54 km), la route s’élève à nouveau. Sept kilomètres et 623 mètres de dénivelé positif plus loin, la fatigue reprend ses droits.
Sa vitesse retombe à 2,9 km/h, son classement légèrement à 627ᵉ. Mais le cap reste clair : avancer, coûte que coûte. Ce tronçon symbolise l’essence même de la Diagonale — la lutte silencieuse entre la volonté et la lassitude.

La Possession : la dernière marche avant la délivrance

Il est 13 h 58 quand Soultoini atteint La Possession (156,63 km). Près de 40 heures de course, 8 826 mètres de dénivelé positif et une endurance intacte.
Il maintient un rythme solide (4,4 km/h, allure 13:35 min/km) et remonte encore au classement : 606ᵉ. Devant lui, il ne reste plus que la montée finale vers La Redoute, cette ligne d’arrivée mythique où chaque coureur redevient un homme ordinaire — mais grandi.

La course d’un homme lucide

De bout en bout, la progression de Soultoini Hamouza témoigne d’une course maîtrisée, lucide et d’une remarquable régularité.
Loin des podiums, il a incarné la philosophie même du Grand Raid : ne pas dominer la montagne, mais la comprendre. Son parcours suit le profil d’un coureur d’expérience : prudence dans les hauts, relance dans les portions roulantes, gestion millimétrée jusqu’au bout de la nuit.

Dans cette Diagonale 2025, Soultoini n’a pas couru contre les autres. Il a couru avec eux, contre lui-même, pour Mayotte. Et c’est là, dans cette lutte intime et silencieuse, que réside toute la grandeur des “fous” de La Réunion.

M. Kaya

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