La montagne garde ses mystères, et les associations Tarehi Tsika et Valiha savent justement comment les mettre en lumière. Samedi 22 novembre 2025, à l’aube, le quartier Bonsoleil d’Acoua, situé au Nord-Ouest de Mayotte, s’est transformé en point de départ d’une randonnée qui ne ressemblait à aucune autre : “Massou Lavitri”, (littéralement l’œil qui voit loin), une montée vers le Mont Djabalini — 363 mètres d’altitude et un balcon naturel sur Acoua et ses villages voisins.
Sur le papier, l’événement avait tout d’une sortie conviviale : nettoyage, coup de peinture, balade en famille, repas solidaire. Sur le terrain, il s’est révélé bien plus qu’une simple marche. Ce fut un retour aux sources, un geste de mémoire, un hommage discret à une histoire qui, sans être racontée, risquerait de s’effacer.
Les organisateurs l’ont rappelé : “ce qui échappe encore à notre regard, l’action collective peut le faire apparaître”. Réhabiliter les marches d’Acoua, rouvrir le sentier qui mène à Boungou Djabal, c’est préserver un patrimoine qui a accompagné des générations entières.
Le nom de la randonnée n’a rien d’anodin. “Massou Lavitri”, c’est ce petit appareil rouge rapporté autrefois par les pèlerins de la Mecque. Un trésor unique, partagé par tout le village. On faisait la queue pour coller un œil à la minuscule lentille et découvrir un ailleurs que personne n’avait jamais vu : La Mecque, les foules de pèlerins, les étendues désertiques. Une ouverture vers le monde, à une époque où l’écran n’existait pas encore.
L’esprit de cette randonnée, c’était justement de raviver ce geste : regarder plus loin, regarder ensemble, transmettre une vision. Faire comprendre que le futur de la commune d’Acoua se construit aussi en honorant ces fragments d’histoire que la modernité ne doit pas étouffer.
Cette journée, humble et solidaire, a permis aux marcheurs de redécouvrir leur montagne. Chaque pas, chaque pierre nettoyée, chaque coup de pinceau a remis en lumière un pan de mémoire. Et une fois au sommet, Mont Djabalini a offert ce qu’il a toujours offert à ceux qui savent y monter : un horizon large, clair, et une façon nouvelle de voir Acoua — comme si “Massou Lavitri”, l’œil du passé, savait encore guider les regards d’aujourd’hui.
M. Kaya
