Éditorial

Toiyaria, l’art du Dèbaa en éclaireur du monde

Il y a dans chaque départ de l’association Toiyaria une double vibration : l’excitation d’un nouveau voyage et la gravité d’une mission culturelle. Une sacerdoce. Car il ne s’agit pas seulement pour ces femmes de chanter et de danser, mais bien de porter l’âme de Mayotte, son souffle immatériel, jusque dans les salles et festivals du monde entier.

Créée officiellement en 1999 mais héritière d’un savoir transmis de mères en filles depuis plus d’un demi-siècle, Toiyaria est devenue la vitrine d’un art profondément enraciné : le Dèbaa. Dans ce chant polyphonique, dans ces gestes synchronisés, se jouent la mémoire des anciens et la promesse des jeunes générations. Le Dèbaa n’est pas un folklore figé ; il est un langage vivant, une pédagogie du lien, une école de la transmission dès le plus jeune âge.

Leur carnet de voyages ressemble déjà à une carte du monde : Fès, Ramallah, Bahia, Bruxelles, Milan, Genève, Marseille… À chaque étape, les voix de M’tsangadoua se mêlent à celles d’autres cultures, dialoguent avec des traditions lointaines, ouvrent des ponts insoupçonnés. C’est là tout l’esprit de Toiyaria : représenter Mayotte, affirmer son identité, mais aussi s’ouvrir et se laisser traverser par les résonances universelles.

À quelques heures d’un nouveau départ pour Paris, les chanteuses de Toiyaria ne se contentent pas de répéter leurs placements ou d’ajuster leurs costumes. Elles s’apprêtent à témoigner que l’art, lorsqu’il est porté avec sincérité, avec authenticité et avec passion, dépasse les frontières et transforme le trac en fierté collective. Dans chaque salle, sur chaque scène, elles ne seront pas seulement des voix : elles seront des éclaireuses, des ambassadrices d’une île encore trop méconnue.

Il faut entendre dans leur parcours un message adressé à Mayotte elle-même : protéger et valoriser ce patrimoine n’est pas une option, mais une nécessité vitale. Car à travers Toiyaria, c’est l’image de tout un territoire qui rayonne. Et si le monde entier s’émerveille, c’est peut-être le signe que ce chant ancestral, enraciné dans le sable de M’tsangadoua, a encore beaucoup à nous dire de notre présent et de notre avenir.

M. Kaya, directeur de publication

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