Interview

« Une journée symbolique et pédagogique »

Le 7 juillet est désormais une date symbolique consacrée à l’expression du Kibosy à Mayotte. Cette initiative audacieuse a été lancée par l’association Marovoanio, sous la direction de son président, Boinali Toibibou Toumbou, qui nous a accordé une interview pour partager les enjeux et la portée de cette journée particulière. Interview.

Comment est née l’idée de créer une Journée de l’Expression en Kibosy ?

Naissance de la journée de l’Expression en Kibosy : 7 juillet. Depuis 2023, j’en parle déjà. En septembre 2024, en ayant la présidence de l’association, j’ai proposé aux collègues de la mettre en place afin de donner une large visibilité par la mobilisation de Mayotte. Et le 16 novembre 2024, on a fixé le 7 juillet en assemblée générale.

Pourquoi, selon vous, le kibosy est-il perçu aujourd’hui comme une langue marginale, voire étrangère à Mayotte ?

L’’imaginaire collective a été formatée depuis l’arrivée des Persans-Shiraz à Mayotte à bannir le kiboŝy puisque les locuteurs sont difficiles à convertir à l’islam. Ce discours est ancré et les personnalités publiques, les médias ont continué le phénomène. Ce qui a créé le phénomène de diglossie tout naturellement.

Comment expliquer cette chute dramatique du nombre de locuteurs en un siècle ?

La population désigne le terme kiboŝy une appartenance à Madagascar. Ainsi, les gens attribuent un statut d’étranger à cette langue surtout par méconnaissance de l’Histoire et de la Culture mahoraise.

Quel est l’objectif principal de la journée du 7 juillet ? Un geste symbolique ou une étape vers une politique linguistique plus ambitieuse ?

Une journée symbolique et pédagogique. La question de la politique linguistique est en bruit de fond, mais il faut l’intégrer dans le processus de revitalisation du kiboŝy.

Quel rôle jouent les partenaires institutionnels comme le Département ou la commune de Chirongui dans cette initiative ?

Mobilisation, visibilité et légitimité de l’action.

Avez-vous rencontré des résistances à l’idée de remettre le kibosy au centre du débat public ?

A ce jour, il y a plutôt un réel encouragement de la part de la population. Dans les réseaux sociaux, on recense beaucoup de curiosités.

Quelles sont les prochaines étapes après cette première édition ?

Les ateliers de validation de l’alphabet kiboŝy dans quelques mois. La mise en place du site internet de l’association d’ici quelques semaines et la récolte du lexique via un lien qu’on va publier bientôt.

Imaginez-vous un jour l’enseignement du kibosy à l’école ou son usage dans les médias locaux ?

La loi le permet déjà. Donc la phase de la stabilisation de l’alphabet est un préalable nécessaire. Concernant les médias, l’association travaille avec Chiconi FM qui est déjà un acteur majeur de diffusion du kiboŝy. Mayotte la 1ère fait aussi depuis quelques temps des effort avec l’émission sur Facebook qui fait le récapitulatif de l’actualité

Quel mot ou expression en kibosy vous touche le plus, et pourquoi ?

OVA – changement, émancipation, atteindre un autre stade, passer une étape. C’est comme le chiffre 7 dans notre culture que représente la maturité.

Si vous deviez convaincre un jeune Mahorais de redonner vie au kibosy, que lui diriez-vous ?

La langue est un code qui fait voyager et qui fait découvrir d’autres réalités. L’île deMayotte a cette chance d’abriter le kiboŝy dans son territoire, ce qui donne une capacité multilinguistique, donc d’une expérience culturelle et scientifique énorme.

Propos recueillis par M. Kaya

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